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Repéré dans Medium, une technologie décrite par Rabinder Kumar, un vulgarisateur scientifique passionné. Inquiétante ? À l’heure où les vaccins « bricolent » l’ARN, adapter l’ADN contre les pandémies pourrait tenter au point d’ouvrir la boîte de Pandore.

Une technique biomoléculaire appelée « modification du génome germinal » est un concept fascinant, susceptible de modifier l’ADN du sperme, de l’ovule ou de l’embryon. Cette technique est certes discutable, mais sait-on exactement comment un bébé dont le génome a été modifié s’adaptera au cours de sa vie ?

La modification de la lignée germinale humaine (hGGe) a été réalisée en utilisant le système CRISPR [décrit par Adrien Book, consultant français, dans ÉcoRéseau Business n°76], « sorte de ciseaux moléculaires destinés à découper et modifier le génome à un endroit précis ». Emmanuelle Charpentier, directrice de l’Institut Max Planck de biologie infectieuse en Allemagne, et Jennifer Doudna, professeur de biochimie à l’université Berkeley de Californie aux États-Unis, avaient remporté le prix Nobel de chimie 2020 pour le développement dudit système.

Il s’agissait de la meilleure contribution au domaine de la génétique.

En 2016, le Royaume-Uni est devenu le premier pays à approuver légalement les « bébés de trois parents » en utilisant une technique génétique appelée thérapie de remplacement mitochondrial. Par cette technique, les scientifiques remplacent précisément les mitochondries (centrales électriques d’une cellule qui fournit de l’énergie) altérées par des mitochondries saines provenant d’un donneur.

Personne ne sait ce qui va se passer
Le coronavirus a révélé la vérité : la plupart des pays du monde sont impuissants et vulnérables face à la crise soudaine de leur système de santé défaillant. La covid-19 n’est pas le premier et ne sera pas le dernier fléau. Notre histoire est hantée par des pandémies graves et meurtrières, depuis la peste de Justinien, la peste noire, la grande peste de Londres, le choléra, la grippe espagnole, jusqu’à la covid.

Il est donc tentant de tirer parti d’une technique comme la modification du génome pour s’attaquer aux maladies graves et pour protéger le système de soins de santé contre les futures pandémies.

Comment utiliser cette technique pour prévenir le coronavirus ?

Les scientifiques de l’université de Stanford travaillaient sur un système de lutte contre les coronavirus à l’aide d’une technologie de modification de gènes. Ils signalent maintenant qu’ils ont mis au point un moyen d’inhiber 90 % des coronavirus, y compris le CoV-2 du Sras.

CRISPR pourrait être utilisé pour désactiver les coronavirus en brouillant leur code génétique.

Effets inconnus
L’idée : modifier les gènes des gens pour les rendre plus résistants et plus défensifs à la menace – par exemple en ciblant les cellules T*. Selon l’article publié dans le magazine Science, « des essais cliniques sont en cours qui offrent la possibilité de traiter des maladies telles que le cancer, mais les effets du CRISPR chez les patients sont actuellement inconnus ».

Mais il pourrait se révéler plus productif d’améliorer les réponses des cellules T en utilisant cette modification du génome germinal.

Un récent rapport de l’IPBES (Plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques) a mis en évidence le lien entre les pandémies mondiales, le changement climatique et la perte de biodiversité. Il prédit également les futures pandémies, potentiellement plus dévastatrices que la covid-19, à l’image de virus comme le chikungunya qui se propagent par les insectes et sont affectés par le climat et le réchauffement de la planète, tout comme pourraient survenir des changements dans la transmission de maladies comme le paludisme, directement affectées par le changement climatique. Il pourrait s’agir de la prochaine menace potentielle pour la santé humaine.

La tentation de la manipulation génétique
Mais si l’on modifie un gène défectueux de la drépanocytose afin de nous protéger contre le paludisme, des conséquences inattendues pourraient en résulter. D’où la position de la Royal Society britannique : si les pays autorisent légalement les pratiques de hGGe, ils devraient se concentrer sur des maladies spécifiques causées par des gènes spécifiques, comme la mucoviscidose ou la drépanocytose.

Une certitude : la modification du génome n’est pas (encore) autorisée chez l’homme. Le monde n’est pas prêt pour la technologie hGGe, mais comme il est certain que cette technique taboue pourrait lutter contre les maladies et les pandémies les plus meurtrières. Combien de temps l’humain s’interdira-t-il de jouer les dieux thérapeutes ?

* Les lymphocytes T, ou cellules T pour thymus (l’organe dans lequel leur développement s’achève), catégorie de leucocytes (globules blancs) qui jouent un grand rôle dans la réponse immunitaire adaptative.

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