Près de 22 000 morts, mais moins d’admissions

Le virus ralentit sa progression.

Voilà dix-huit jours que l’épidémie marque une pause. Que les hôpitaux, dans leur ensemble, parviennent à conserver un volet de lits disponibles, aidés par les évacuations sanitaires. La vitesse de circulation du virus a considérablement diminué.

Il fallait bien au Premier ministre un semblant de succès pour pouvoir saluer, le 19 avril, « un exploit de notre système hospitalier ». Les courbes, effectivement, s’infléchissent pour de bon. Les capacités, a rappelé le « professeur » Édouard Philippe devant ses graphiques, sont passées de 5 000 lits, le chiffre d’avant l’épidémie, à 10 500. Pourquoi, dès lors, la flèche des décès continue-t-elle à pointer vers le haut (au cours des dernières 24 heures, 29 219 patients sont hospitalisés, dont 5 053 en réanimation. On compte 21 856 décès – hôpital et établissements sociaux ou médico-sociaux) ? Bien sûr parce que l’inertie des admissions, avec des malades parfois plus de trois semaines en réanimation, n’a pas encore absorbé la minoration des entrées en hôpital.

Avec 10 500 lits, la saturation n’a pas été atteinte. Le 23 avril, on dénombrait 1 653 cas nouveaux (- 174 par rapport à la veille), 516 morts (15 de moins), 522 hospitalisés de moins, 165 réas de moins, 1 431 guérisons (45 de moins que la veille). On compte plus de 120 800 contaminé/es au total.

61 700 vies épargnées par le confinement ?
Une étude de l’École des hautes études en santé publique (EHESP) tombe à point nommé pour conforter les choix des autorités françaises d’un confinement aujourd’hui contesté. Le co-auteur de l’enquête, Pascal Crépey, s’est dit le premier surpris par le modèle de simulation de la propagation de la maladie hors confinement : « Le nombre de décès quotidien double tous les 4 ou 5 jours à partir du 19 mars, et atteint 10 000 le 19 avril. »

Donc, hors confinement, 23 % de la population aurait été infectée pendant cette période et le raz de marée de cas graves aurait de loin débordé les établissements de santé déjà saturés malgré les mesures autoritaires du « restez chez vous » : on estime que 670 000 patients auraient eu besoin d’une hospitalisation, que 140 000 cas graves auraient occupé plus de 100 000 lits de réanimation (contre 5 000 disponibles avant l’épidémie, 10 500 improvisés en cours).

Toujours selon l’EHESP, 73 900 malades auraient trouvé la mort à l’hôpital entre le 19 mars et le 19 avril si le confinement n’avait pas été décrété. Soit 61 700 vies sauvées. Et encore ne tient-on pas compte des décès hors hôpital en raison de l’impossibilité d’admettre cette cohorte digne de la Grande peste, ni en maison de retraite ni à domicile.

La thèse de l’immunisation naturelle contrebattue
De quoi s’opposer aux arguments des tenants du « laisser-faire » qui plaident en faveur d’une immunisation globale suffisante pour faire échec au virus. La simulation en question sera un argument majeur pour le gouvernement que des voix accusent d’avoir opté pour la mauvaise stratégie. Pourtant, si l’on raisonne en rapports décès par million, l’on s’aperçoit que la France enregistre 326 morts par million, que les États-Unis sont à 150 et que la Suède, pays non confiné, en déplore 200. Décidément, la polémique nationale n’a pas fini de fourbir ses armes…

Répondre

Saisissez votre commentaire
Saisissez votre nom ici

J’accepte les conditions et la politique de confidentialité

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.