Une info qui passe après l’Euro dans nos journaux

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Le pire du dérèglement climatique devait nous être annoncé dans un an, sous prétexte de relectures et d’approbations. Pourquoi tout ce temps perdu ? D’ores et déjà, les climatologues savent la partie très mal engagée.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Adieu veaux, vaches, cochons, couvées, espèces, forêts et, pourquoi pas, humanité… Les « fuites » savamment organisées autour du futur rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, le Giec, l’organisme international qui clame dans le désert depuis 1988, ne constituent plus un signal d’alarme mais l’annonce de la grande débâcle. Pas la peine de savants, on le constate : printemps hivernal, été inondable, jusqu’à la présidente du conseil régional d’Île-de-France, Valérie Pécresse, qui se balade entre les coulées de boue en répétant « dérèglement climatique »…

Avec un an d’avance sur la publication prévue, l’extrait du rapport nous annonce des cataclysmes, style phénomènes climatiques extrêmes, montée des eaux, baisse de la production alimentaire… Le tout assorti de chiffres mortifères : le +2 °C par rapport à la valeur préindustrielle devient l’hypothèse basse. Avec la fonte des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique de l’Ouest, ce n’est plus le 1,1 mètre de montée du niveau des mers qui s’annonce, mais 2,5, voire 3 mètres d’ici à 2100 qui deviennent la réalité (à elles seules, ces deux calottes contiennent assez d’eau pour provoquer une hausse du niveau de la mer de 13 mètres !).

Assez pour menacer Bangkok, Osaka ou Hô Chi Minh-Ville, New York, Miami, Calcutta, Alexandrie, Abidjan, Lagos, Rio de Janeiro. « En France, 864 communes et 165 000 bâtiments seraient menacés par l’impact du réchauffement climatique sur les océans, selon le ministère de la Transition écologique », rapporte Les Échos.

Les submersions sont une chose. Les cultures compromises, une autre. L’extrême pauvreté un troisième fléau – 130 millions de gens d’ici à 2030. Quant à l’eau, ce sera de l’or pour plus de 400 millions de victimes de canicules extrêmes et 140 millions de réfugiés climatiques dans les trente ans à venir.

Aujourd’hui, les merveilleux efforts, les splendides accords, les programmes de décarbonation, les taxes sur le CO2 ou les méritoires gestes du quidam qui préfère la douche au bain ou qui va porter ses piles au conteneur de récupération ne parent guère à l’ère de cette opération d’anéantissement des espèces, humain compris.

Les Chinois le savent, nous apprend la nouvelle revue scientifique Epsiloon, eux qui cherchent à accaparer le climat à leur profit à coups de piqûres chimiques dans les nuées, et nul doute que les Américains fassent de même : privatiser le ciel pour qu’il pleuve à Pékin ou à Washington, ils le feront. Quitte à aggraver la destruction planétaire ailleurs qu’au-dessus de leurs égoïsmes suicidaires.

Pas très optimiste, ce que vous nous contez là dans un magazine résolument positif. Non, pas vraiment. Mais est-il même positif de croire en des lendemains maîtrisés ? Nos petites élections, nos petites pandémies, nos petites querelles et jusqu’à nos splendides Euros de foot semblent dérisoires. À l’heure où tous les médias, tous les politiques, tous les industriels, tous les citoyen·nes devraient prendre conscience du danger désormais inéluctable et décréter la mère des batailles, celle de la survie, les chiffres du Giec glissent sur nos écrans pendant que les pompiers vident quelques caves et qu’un gamin qui venait de passer le Grand oral du bac se noie à Beauvais. Il est parfois des moments où la meilleure des énergies devient celle du « au secours » ! Allez, rasons encore quelques forêts, M. le bourreau.

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