2022, de la chance et des risques

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Pour l’heure, Emmanuel Macron et son gouvernement pavoisent et pourraient affronter la présidentielle servis par un électorat rassuré. À condition de conjurer deux grands dangers : l’insécurité exploitée par des oppositions aux abois et le retour potentiel d’un petit rappel de covid.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Ce gouvernement, comment ne pas le reconnaître, a forgé son devenir dans la crise sanitaire : à la veille d’un déconfinement presque total dont la levée définitive passera par la levée des masques dans la rue, les Français·es économes forcée·es par la grâce des fermetures remettent la main à la poche (+ 20 % d’achats par carte bancaire), pour dépenser leurs 142 milliards de bonus non dépensés. Quitte, malheureusement, à accepter n’importe quel abus de la part de commerçants bien décidés à générer de l’inflation réactive. Mais les hôtels sont presque réservés, les restos réalisent 90 % de leur chiffre avant même l’accueil à l’intérieur, l’habillement couvre 70 % du CA de l’année dernière et 50 000 emplois sont offerts au premier trimestre.

Bruno Le Maire triomphe. Le ministre de l’Économie qui a joué les cigales à bon escient ne trouve sur sa route nulle fourmi capable de lui interdire un emprunt qui ne coûte pas grand-chose. Il s’offre même le luxe de ne pas supprimer les aides trop brutalement, de soutenir les secteurs les plus fragilisés et d’inventer le sur-mesure : alerter les dirigeants dont le bilan risque la sortie de route, « personnellement et de manière confidentielle, sur la base des données croisées des services de l’État et de la Banque de France » (le Big Brother fraternel !) et leur proposer des solutions adaptées. Difficile d’aller plus loin en matière d’État-providence !

Le moment pour le ministre, qui s’est taillé au passage un profil de présidentiable… plus tard, de confirmer l’essai par un couplet France first : du succès de la motion Macron pour la taxation des gafam au G7 qui retrouve de la légitimité (puissamment aidé par l’attitude de rupture de Joe Biden l’Américain) à la relocalisation industrielle et « la souveraineté technologique ».

Reste à ce gouvernement miraculé à compter encore sur un peu sur sa chance pour ne pas sombrer devant deux écueils :

le premier, Charybde, se nomme insécurité. Entre les petits cons qui crament de l’essence sur leur roue arrière et blessent ou tuent, les féminicides qui ne se retiennent plus pour passer leurs petits nerfs sur leurs conjointes ou les apprentis desperados tentés par des meurtres en forêt, sur fond de menace terroriste permanente, le trio Macron-Darmanin-Dupont-Moretti doit convaincre la foule des tentés par l’extrême droite de remettre à plus tard leur réflexe d’« essayer le Rassemblement national ». Ils doivent rassurer et restaurer une police vaincue par des dealers déchaînés.

Le deuxième, Scylla, reste le bon plaisir d’un virus qui aura déjoué tous les savoirs des infectiologues et pourrait, à coups de variants, défier au final tous les vaccins. Qu’un retour de l’épidémie se dessine, et Macron sera Modi, comme en Inde d’abord épargnée puis terrassée.

Dans tous les scénarios, il ne faudra pas oublier que le modèle économique productif doit changer. Et ne pas sombrer dans la tentation d’années folles qui oublieraient l’ardente nécessité de construire un nouveau monde défossilisé. Les entrepreneurs y sont prêts et contraints (ou l’inverse).

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