Environnement : l’exigence de l’“enveloppement”

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Il faut sans cesse revenir sur la réalité d’une pandémie née d’un déséquilibre environnemental pour y mettre un terme.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Contrairement à l’opinion de certain·es, je pense important, pour un magazine économique comme ÉcoRéseau Business, de revenir jour après jour sur le phénomène, la catastrophe, l’épisode, appelons-le comme l’on voudra, de la covid et de son pendant, la lutte thérapeutique. « Vous nous servez du vaccin tous les jours », me dit cette jeune femme qui voudrait qu’on lui serine des raisons d’en finir à tous les étages dans un optimisme béat. Or la meilleure façon d’en finir et de se montrer optimiste est de regarder les choses en face.

La pandémie a plongé le monde de l’économie dans un scénario, sinon inédit, au moins soudain à défaut de son imprévisibilité : comment faire perdurer un modèle quand des millions de gens meurent de pneumonie aggravée, que des pans entiers de l’activité humaine sont mis à l’arrêt, que des États sacrifient ou non leurs populations – le cas du Brésil est accablant ?

Faire perdurer est déjà un choix fondamental et accablant. Quand les restrictions de circulation et de commerce seront levées, totalement ou partiellement, il n’y aura de cesse que l’on veuille refaire son chiffre d’affaires, rebondir pour retrouver l’avant. Avec le risque majeur que la fin veuille les moyens : ne pas se donner de contraintes, ne rien sacrifier pour retrouver le confort illusoire d’une marge maximisée. Se laisser aller à la pire sottise qu’un président de la République ait pu proférer : « L’écologie, ça suffit. »

Or nous ne pouvons plus faire l’impasse sur notre environnement (les Espagnols et d’autres parlent plus justement de medio ambiente, de milieu ambiant, pour marquer que l’humain est « sous le soleil exactement, pas à côté, pas n’importe où »…)

La pandémie est directement liée au bouleversement du climat. Elle est, comme l’a écrit avec vision Bruno Latour dans son magistral Où suis-je ? – Leçons du confinement à l’usage des terrestres (Les empêcheurs de penser en rond), « une chance à saisir : celle de comprendre enfin où nous habitons, dans quelle terre nous allons enfin pouvoir nous envelopper – à défaut de nous développer à l’ancienne ».

Les sociétés humaines qui restaureront leur PIB de la plus magistrale des façons seront celles qui se donnent aujourd’hui pour but et moyens de « casser » le modèle du « toujours plus », cher à François de Closets, pour le toujours mieux. Il faut limiter le réchauffement (et son corollaire, les hivers plus rudes, les viticulteurs en savent quelque chose) et adopter des styles de vie compatibles avec la biosphère : chacun de ces efforts est traduisible en CA, en marge, en économie, en humanité, en marchés, en santé. C’est ce que l’on nomme la transition écologique, énergétique, la transition tout court. L’humanité doit se vacciner contre ses virus destructeurs, pas seulement contre le Sars-CoV-2 et ses successeurs. Et c’est pourquoi l’on en parle chaque jour, ou presque.

Olivier Magnan

PS : elle est bien bonne ! « Les médias en parlent peu, mais on a d’énormes espoirs du côté des traitements monoclonaux contre le virus. » Cette « énormité » émane d’Olivier Véran, ministre de la Santé (de la Solidarité, moins). D’une part, les médias en parlent (cette chronique en atteste), d’autre part si l’on ne parle que « vaccins », c’est bien à cause des politiques et des médecins qui fondent la sortie de crise sanitaire sur cette panacée parfois douteuse. Mais l’autre énormité proférée par le ministre médecin qui se souvient que l’on doit autant soigner que prévenir, tient à l’adjectif « monoclonaux ». Il parle des anticorps monoclonaux essentiellement américains qui ont d’ores et déjà prouvé leur inefficacité relative (le laboratoire Eli Lilly, notamment). Mais il semble ignorer les anticorps polyclonaux du laboratoire français, nantais, Xenothera, que je cite à tout bout de champ depuis un an. Des anticorps « à large spectre » qui ont prouvé que les « énormes espoirs » en question sont à portée de main, développés par un tout petit labo auquel les autorités n’ont épargné aucun obstacle ! Un anticorps polyclonal que le Président de la République voulait commander mais qui n’a pas encore reçu l’agrément des « hautes autorités » malgré ses succès démontrés. Faudra-t-il, comme le vaccin Valneva d’une autre société nantaise, que Xenothera vende aux Américains ou aux Anglais pour que l’on s’aperçoive de la pépite que nous possédons ?

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