On aurait sans doute dû reconfiner en janvier quand la courbe était étale…

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… mais bien malin qui aurait pu le savoir. Pas même un Président aussi intelligent !

Olivier Magnan, rédacteur en chef

« Je n’ai aucun mea culpa à faire, aucun constat d’échec. » Juste avant les premiers 100 000 décès en France, près de 40 000 contaminé·es par jour, la ligne Ponce Pilate du Président a de plus en plus de mal à se laver de l’hospitalisation de ces plus ou moins « justes », selon qu’ils ont respecté ou pas les gestes barrières. Le Premier ministre et le ministre de la Santé à leur tour vont éprouver quelque difficulté à tirer profit d’une comparaison avec le reste de l’Europe, système horripilant qui était le leur à en appeler aux difficultés des voisins. La France est en passe de devenir l’homme malade de l’Europe.

Au Portugal, les musées et les terrasses sont ouverts dans un processus de déconfinement très progressif : dès le 15 janvier, acculé par la 3e vague, le pays s’était fermé comme une huître pendant deux mois.

En Espagne, les restaurants n’ont pas fermé de tout l’hiver, même si les régions autonomes agissent selon leur propre plan (et certains sont drastiques comme au Pays basque où les villes ont bien été cadenassées). À la Macron, le gouvernement madrilène n’a pas voulu décréter de reconfinement général, mais il fut grandement aidé par les mesures locales.

En Allemagne, la chancelière présente des excuses appuyées pour avoir envisagé de reconfiner, ce qui paraît quand même inouï quand le mea culpa repoussé du président français aurait, lui, porté, sur un reconfinement nécessaire !

Quant au Royaume-Uni qui a fêté son jour à « zéro mort » grâce à une campagne de vaccination réussie avec un mois d’avance sur la France et un confinement strict dès le 10 janvier, il se prépare dans quelques jours à rouvrir les commerces « non essentiels » et les terrasses. Johnson veut instituer un passeport tricolore en fonction de l’état sanitaire des pays à l’été : nul doute que nos « amis » vont nous coller un « rouge » massif !

En gros : les pics de nos voisins ont surgi en janvier quand notre courbe restait plus ou moins plate, raison pour laquelle Emmanuel Macron a cru pouvoir ne pas reconfiner. Mais alors que les autres pays d’Europe ont reconfiné sévèrement et fait chuter de façon spectaculaire les contaminations, la courbe française a repris son envol en mars : au 4 avril, 580,6 cas pour 1 million d’habitants en France, 139,4 en Espagne, 56,3 au Royaume-Uni, 41 au Portugal.

Moralité empirique : il aurait sans doute fallu reconfiner en janvier… Si on lit ce fameux diagramme, alors même que l’épidémie restait à bas bruit, il n’est pas impossible que nous eussions pu fêter notre premier « zéro mort » avant le Royaume-Uni.

Mais les présidents des républiques ne sont pas des devins. Face à une courbe qui semblait ne pas repartir à la hausse, il était tentant de laisser l’économie tourner et d’espérer que nous passerions entre les gouttes des postillons. C’est apparemment raté, même si cette foutue courbe n’offre pas le 4 avril une allure de pic. Puisse le nouveau round d’un confinement qui ne veut pas dire son nom suffire à casser cette reprise à contretemps. Ce n’est apparemment pas dans certaines églises que cette espérance sera exaucée…

Olivier Magnan

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