Le calcul du Président

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Quitte à affronter l’explosion des contaminations dans quelques départements, autant ne pas reconfiner tout le pays, ultime chance d’une réélection à terme. Paris risqué mais le seul qu’il lui reste à tenter.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Il y a quelques jours, j’évoquais l’obstination du Président tout-puissant, puisque seul à décider, à se faufiler dans l’étroit passage du non-reconfinement, contre l’avis des médecins mêmes dont il avait suivi inconditionnellement l’avis un an auparavant. À la grande colère des « mandarins » qui se bousculent chaque jour sur les plateaux ou sur le parvis de leur hôpital pour demander, de plus en plus véhémentement, un confinement total, écoles comprises. Mais comprennent-ils·elles bien que le Grand décideur n’a plus le choix de se déjuger ? S’il le faisait, s’en seraient sans doute fini de ses dernières chances de doubler son quinquennat.

Or cette porte étroite par laquelle il tente de passer – échapper à une explosion généralisée des contaminations – ressemble désormais à une fente, pour ne pas dire une fissure. Comme le Président, à en croire la chronique élyséenne, a pris quelques kilos, l’exercice de passe muraille devient diaboliquement difficile.

D’autant plus que celui que l’on ne voit plus guère traîner derrière les micros, le professeur Delfraissy, président du Conseil scientifique sans cesse désavoué, avait apparemment vu juste sur la situation en mars : il avait prédit une explosion de l’épidémie à ce moment-là, soit ce qui semble s’avérer dans les 19 départements de plus en plus rattrapés par les admissions en hôpital.

Emmanuel Macron pousse le bluff comme un parieur acculé. Il ne présentera, dit-il, aucun mea culpa. « Je peux vous le dire : nous avons eu raison de ne pas reconfiner la France à la fin du mois de janvier parce qu’il n’y a pas eu l’explosion qui était prévue par tous les modèles » (et pour cause, elle était prévue en mars !). Il ne peut plus que « freiner sans enfermer », en évoquant à sa rescousse les exemples européens de pays reconfinés sans rémission spectaculaire.

En accélérant le rythme des vaccinations avec la promesse de 30 millions de vacciné·es en juin, en se livrant à un pseudo non-confinement entaché d’incohérences entre les commerces fermés et d’autres, similaires, ouverts, il va finir par franchir sa fissure si les effets des vaccins sont au rendez-vous (imaginez un peu si les pourcentages d’efficacité n’étaient pas vérifiés !).

Il a compris une chose : le virus n’obéit à rien. Ni aux prévisions optimistes ni aux attentes pessimistes. Alors entre deux maux, autant choisir le moindre, laisser aux électeur·rices l’illusion qu’il a fait le bon choix.

Olivier Magnan

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