Un gouvernement peut-il user de techniques de persuasion ?

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L’on sait désormais qu’une cellule de communication a mis en œuvre dès le printemps 2020 la technique de manipulation connue sous l’appellation de nudge. Normal ?

Olivier Magnan, rédacteur en chef

En gros, nous sommes une masse de citoyen·nes qu’il faut gentiment convaincre d’agir dans le sens souhaité par le gouvernement. C’est ce qui s’est passé quand l’état-major élyséen a pris conscience que les Français·es, en grande majorité, seraient réticent·es à la vaccination. Nous sommes en mars 2020. Le confinement commence, les vaccins ne sont pas arrivés. C’est alors près de la moitié de la population qui refuserait, disent les sondages, de se faire vacciner.

Que nos dirigeants, à commencer par le « patron », aient alors voulu nous piquer envers et contre tous pour notre bien ou qu’ils n’aient pas envisagé une seule seconde de ne pas acheter à coûts de milliards les doses à venir, il fallait inverser la tendance…

Je l’ai écrit déjà ici, la méthode tout en douceur y est parvenue : nous sommes désormais plu de 60 % à consentir à la piqûre, selon un sondage Odoxa-Backbone Consulting pour Le Figaro et France Info (février 2021). Dix-neuf points de plus qu’en décembre 2020 ! Alors même, notons-le bien, que rien ne montre encore l’efficacité desdits vaccins. On la suppose, on l’espère, on ne la constate pas encore.

Qu’est-ce qui s’est passé ? La peur de la mort plus forte que la crainte de l’injection d’un mélange inconnu ?

Non. Le nudge.

C’est cette méthode douce de manipulation (ou de manipulation douce) dans laquelle investit en ce moment le gouvernement en confiant à l’agence BVA le soin de le conseiller, moyennant finance. C’est le directeur général de l’agence de publicité, Éric Singler, spécialiste de la technique américaine du nudge (en français « coup de pouce »), qui met sur pied une « nudge unit » dès le printemps 2020. Tous les détails sont donnés par Élisabeth Pierson dans Le Figaro du 23 mars.

Comment ça marche ? L’influence des comportements par l’incitation est l’œuvre de Richard Thaler, économiste à l’université de Chicago (il sera nobelisé), avec son collègue Cass Sustein, de Harvard. Ils publient en 2008 la somme du paternalisme libéral, Nudge : la méthode douce pour inspirer la bonne décision. En pub, ça se traduit par des « trucs » aussi énormes que « Plus que deux places disponibles ! » ou « Il vous reste 10 minutes pour profiter de l’offre », exemples cités par ma consœur. Et en matière de vaccins ? Presque pareil : « Attention, il n’y en aura pas pour tout le monde, on commence par les plus vulnérables, les autres, vous attendrez, nos services sont saturés, inscrivez-vous… » La technique de la rareté dont on sait bien qu’elle fait grimper les prix ou… les impatiences. Puis la force de l’exemple : parmi ceux qui n’avaient pas droit à la vaccination figuraient Olivier Véran qui a mis en scène sa séance avant celle, moins glamour, de Jean Castex. Ils ont « cartonné ». Éric Singler parle alors de « rôles modèles » ou « messagers ».

Mais il fait pire. Dans l’article cité du Figaro, il explique : « On désire faire quelque chose que l’on sait être dans notre intérêt, mais on n’y parvient pas, pour une raison X ou Y. Pour notre part, nous aidons les citoyens à passer de l’intention à l’action. » Relisez cette petite phrase. Dans le contexte anti-vaccin français de 2020, il aurait dû dire : « On ne désire pas faire quelque chose dont on ne sait pas s’il est dans notre intérêt ou pas… » Jusque dans la présentation des prémices, l’expert parvient à ne pas dire que le nudge aide les citoyens·nes à passer du refus à l’action, ce qui serait beaucoup plus vrai. On nage en plein « éléments de langage » désormais bien connus. Du pur nudge.

Qu’en penser ?

Que la « technique » évoque étonnamment celle que dénonce justement le prince des complotistes, le Britannique David Icke, dont les livres délirants décrivent très précisément les méthodes du « coup de pouce » : on crée une tension, génératrice d’une réaction (peur ou indignation) et l’on avance la solution (le vaccin).

Se dire que des gouvernants usent de méthodes de manipulation pour renverser les tendances et faire accepter leurs décisions garde quelque chose de dérangeant. Pour la « bonne cause », penseront les provaccins. Et si de telles méthodes étaient mises en œuvre pour de moins bonnes ?

Olivier Magnan

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