La Chine a terrassé le virus. Et sa population.

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Que tous ceux qui estiment qu’il aurait fallu cadenasser les Français·es voient le film du Chinois Ai Weiwei (photo) au Festival du film et forum international sur les droits humains. Ça calme.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Un manifeste de journalistes de France 3, il y a quelque temps, s’insurgeait contre les micro-trottoirs, cette vaine information qui consiste à tendre un micro vers des passant·es pour meubler un peu de temps d’antenne. Car répété ad libitum, l’exercice, dénué de toute valeur statistique, nous renvoie à notre propre vacuité : oui, le gouvernement a raison de prendre des mesures, non, des mesures qui ne servent à rien, des commerçants en larmes, des commerçants contents, des chalands masqués qui se plaignent du laxisme des autres, quand il n’est pas question de la responsabilité chinoise à l’affaire…

Au moins ces questions sans intérêt pour des réponses forcément inutiles nous rappellent que nous sommes dehors, libres de rouspéter ou de refaire le monde. Il ne viendrait pas à l’idée d’un journaliste chinois de demander son avis au Pékinois. Le médecin Guillaume Zagury, dont nous publions régulièrement les informations courtes, télégraphiques, accompagnées de schémas parfois difficiles à décrypter, s’est livré à une sorte de match Chine-Monde d’où il ressort que la Chine bat le monde à plate couture au grand jeu de la lutte contre la covid. À condition que la dictature n’éclipse pas tous les points gagnés.

Il a pris la parole au cours de l’un de ces colloques internationaux sous patronage de ministère que les badauds des trottoirs ne voient jamais. Le dernier en date, Pandemia, où se côtoient les Alain Fischer, grand manitou de l’ordre de la vaccination française, la clique du Comité scientifique et quelques pointures internationales (mais aucun Chinois), lui vaut ce petit match dont nous sortons ridiculisés par la méthode chinoise.

Certes, il ne manque pas de rappeler les « excès », comme il dit, de ce continent-pays aux velléités hégémoniques, le « traitement des lanceurs d’alerte, la relative opacité du système dans le reporting, son humanitaire à visée commerciale, sa diplomatie peu empathique avec l’Occident… » Mais le vrai sentiment de ce médecin français installé à Wuhan depuis des années se liste à la façon de constats qui ont de quoi nous faire gamberger : « La crise sanitaire, écrit le Dr Zagury, montre l’émergence d’un acteur global qui a bien mieux géré la crise que nous (tout comme les autres pays asiatiques). » Il y voit le danger de faire de la Chine un « bouc émissaire » bien utile pour cacher nos insuffisances : « L’Europe + Amérique du Nord : 20 % population et 60 % des décès déclarés », note-t-il de son style minimaliste. Son autre remarque succincte nous couvre de honte : « La seconde vague a été beaucoup plus létale que la première dans tous les pays occidentaux, ce qui signifie que ce n’est pas l’effet de surprise qui nous a impactés. »

Pas faux. Il en vient même à souligner, ô paradoxe douloureux, que « la Chine est depuis un an covid free » et que les camarades chinois sont « beaucoup plus libres (pas de restrictions de déplacement intra Chine), que le pays de la liberté individuelle… », autrement dit la France.

Histoire de retourner la faucille dans la plaie, notre compatriote nous assène une « technoscience chinoise qui a réglé en 3 mois la covid en Chine au moyen d’une guerre totale type blitzkrieg simultanément sur les 9 niveaux d’action […] qui sont tous liberticides ». Nonobstant cette concession aux démocraties, notre médecin admiratif de la méthode chinoise tire cette équation apparemment accablante pour nos sociétés qui confinent mollement à ses yeux : « 3 mois de confinement à géométrie variable (extrêmement sévère dans le Hubei) et un an de covid free… »

Au chapitre des réussites chinoises, des « hôpitaux dédiés : classique construction en 3 semaines des 2 hôpitaux de 1 000 lits à Wuhan. » « Notre équipe Covidminute, regrette le médecin, avait proposé dès le mois de mars 2020, la mise en place de structures dédiées type Val de Grâce à Paris, en préventif pour ne pas subir. » Autre décision positive de la méthode chinoise sans état d’âme : « Isolement strict des contaminé·es sévères », mesure que Guillaume Zagury voit reprise en Nouvelle Calédonie.

Bref, nous voilà ridiculisés sur le plan sanitaire : il existait des stocks de masques et des hôpitaux préfabriqués en Chine quand nous doutions de leur efficacité, et l’Empire du Milieu a su créer des « tests covid opérationnels et en quantité », mobiliser intelligence artificielle et analyse imagerie par « une machine covid flash analysant 1 000 échantillons/heure, des QR codes pour surveiller les déplacements, la reconnaissance faciale, etc. » Mieux, l’année 2020, sur le plan économique, fut meilleure que la précédente, l’industrie chinoise a « converti rapidement une partie de sa manufacture de vêtements en export de produits médicaux » à l’aide d’outils numériques. Conclusion : « KO occidental, versus l’efficacité du règlement scientifique du problème covid de la Chine. »

Heureusement, notre ressortissant pas si sinolâtre prédit pour la « République » chinoise le contrecoup d’un 1984 : Big Brother numérisé est omniprésent et l’opinion internationale appréhende désormais la future grande puissance mondiale comme un danger planétaire d’où tout peut surgir.

Reste à visionner le film documentaire accablant du Chinois activiste Ai Weiwei, Coronation. Qui a eu le cran et l’habileté de promener sa caméra dès mars 2020 dans un Wuhan concentrationnaire.

De quoi considérer le « freinage » contesté à la Macron comme une démonstration de démocratie bienveillante à défaut d’une efficacité scientifique que personne ne reconnaît. Le Comité scientifique qui rêvait de confinements à la chinoise n’avait sans doute pas mesuré le risque des moyens, pire que le mal.

Olivier Magnan

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