En sommes-nous encore au modèle institué contre la peste ?

Temps de lecture 2’20

Un philosophe statisticien multiplie dans les médias la dénonciation d’un plan de lutte qu’il juge dépassé, irréaliste et confisqué.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Les questions de Christian Walter sont en train d’inonder plusieurs quotidiens, rubriques « Point de vue » ou « Tribune libre ». M. Walter est actuaire (spécialiste de la statistique), docteur en sciences économiques, chercheur associé au Centre de philosophie contemporaine de la Sorbonne. Joli CV pour répondre à la question qu’il pose : « Et si notre modèle de lutte contre la covid n’était pas le bon ? »

Il en existerait un autre ? Au-delà de la dichotomie « laisser faire » à la suédoise ou confiner comme dans la majorité des pays de la planète ? Pas vraiment, sinon que nous apprenons, en lisant Sir Walter, que nous luttons en France contre l’épidémie au nom du modèle SIR, Saint, Infecté, Rétabli. Première nouvelle ! Il s’agit d’un modèle épidémiologique qui considère que vous ou moi entrons dans l’une des trois catégories, ce qui semble le cas. Pourtant, Christian Walter donne un coup de vieux à ce modèle ternaire : « Il date des années 1920, fut conçu initialement pour la peste et présente la propension à amplifier démesurément les prévisions catastrophiques… » Et l’on comprend soudain pourquoi, quand il écoutait vraiment les scientifiques, Emmanuel Macron le patron parlait de 400 000 morts… ce qui ne s’est jamais, fort heureusement, vérifié. Il parlait au nom de ce fameux modèle apparemment dépassé que dénonce aujourd’hui le philosophe statisticien que l’on a hâte d’entendre sur les plateaux des médias…

Car, dit-il, « le problème du modèle SIR vient de l’usage exclusif des moyennes » qui se traduit par le taux de contamination dont on nous rebat quotidiennement les oreilles : le R0. Or, explique l’empêcheur de modéliser en rond, dans la vraie vie des individus multiplient les contacts quand d’autres ne rencontrent personne. Le modèle de calcul du R0 fait l’impasse sur ces extrêmes pour calculer à partir d’un nombre de contacts égal d’une personne à l’autre. La conséquence que dénonce Walter est le confinement de « régions vides sur la base de la moyenne nationale » et « la suppression des relations sociales ». L’actuaire plaide au contraire pour la « démocratie technique participative ». Traduisez : on expose au grand public (démocratie) les controverses scientifiques (technique) et… on en débat (participative).

Les président·es des démocraties modernes, en général, n’aiment guère les débats. Le nôtre le premier qui a prouvé que les commissions citoyennes n’étaient à ses yeux que des paravents de démocratie directe. On espère que Christian Walter nous exposera les autres modèles de lutte contre une épidémie qui, pour l’heure, déjoue les pronostics et impose son modèle. Des théâtres occupés aux gilets jaunes de printemps, la tension monte au sein d’une société française que l’on balade dans le suspens d’un grand, moyen, petit reconfinement, « territorialisé » ou pas. Comme si nos « stratèges » commençaient à tâter de modèles anti-covid différenciés. Le salaire de la SIR.

Olivier Magnan

Répondre

Saisissez votre commentaire
Saisissez votre nom ici

J’accepte les conditions et la politique de confidentialité

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.