Doit-on interdire le vaccin AstraZeneca qui sauve par millions et en tue quelques-uns ?

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Et si la réponse, en dépit de tout, était « oui » ?

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Il est des questions qu’on ne pose pas. En écoutant, avant-hier, sur le plateau de Quotidien, le médiatique docteur Michel Cymès (photo) fustiger le principe de précaution brandi par une partie de l’Europe, dont la France, à l’encontre du vaccin AstraZeneca, sous prétexte que l’affaire du caillot et de l’embolie ne toucherait qu’un infime pourcentage des vaccinés, j’errais dans les questions que l’on garde pour soi, de peur qu’elles ne soient pas recevables. Je me disais que, quand bien même un seul individu, assez jeune pour ne pas entrer dans le groupe des personnes à risque, sans antécédent aucun, sans comorbidité, mourait d’embolie dans la foulée de l’injection d’AstraZeneca, cette mort sur ordonnance devait suffire à interdire le vaccin et à en faire condamner les propriétaires pour mise en danger de la vie d’autrui.

Pour Michel Cymès, il n’en est rien. « Ce vaccin va sauver des millions de vies. Faut-il le suspendre pour quelques morts (sic), même si on trouve quelques liens ? » (entre ces morts et le vaccin). « Quelques morts ». Autrement dit des gens, vous, moi – en l’occurrence loin de leur fin de vie – qui meurent à cause d’un caillot induit par le vaccin dans leur cerveau. Pour le médecin, c’est un cas sur un million. D’autres statistiques disent 30 morts sur 5 millions. Et ces cas sont à passer par pertes et profits… du risque. D’autres médecins présentent « la question qui tue » d’une autre manière : « Si vous vaccinez 100 000 personnes aujourd’hui plutôt que demain, vous avez 15 morts de moins », assure le professeur Jean-François Timsit, de l’hôpital Bichat, qui déplore la suspension des injections du vaccin AZ.

Il paraît (difficile de vérifier) qu’un jeune soldat italien de 49 ans, Stefano Paterno, reçoit l’injection d’AstraZeneca le matin. Vers 19 heures, il développe des symptômes graves (fièvre et convulsions). Il décède d’un arrêt cardiaque 24 heures plus tard. Un policier de même nationalité de 50 ans meurt d’embolie pulmonaire « deux semaines après l’utilisation du même lot de vaccins que la précédente victime ». Je lis sous la plume du professeur Aimé Bonny, cardiologue, universitaire, médecin des hôpitaux de France et du Cameroun, qu’« il est impossible de cumuler de telles concordances de faits cliniques sans remettre en question nos certitudes d’innocuité d’un produit plus que suspect ». Ce médecin affirme, dans une lettre ouverte « à la France, à l’Agence européenne du médicament et à l’OMS » : « Qu’un médicament ne puisse pas à une certaine proportion sauver des malades est admis en médecine, mais qu’il provoque la mort de sujets sains est interdit. »

Tout le débat tient en cette contradiction de vues entre deux médecins (et bien d’autres). Pour le premier, Cymès, quelques morts traduisent le risque, négligeable, sur le bénéfice. Pour le second, Bonny, son confrère Cymès, en proclamant que les vies fauchées par le vaccin et celles qui le seront, ne doivent pas interdire le vaccin, viole le premier principe de la médecine : primum non nocere, avant tout, ne pas nuire. Encore moins laisser mourir…

Dans cette course aux vaccins « mis au point » en des temps records, seule, jusqu’à présent, la formule AstraZeneca semble suspecte de causer de telles thromboses mortelles. Il en existe au moins six autres, homologués dans le monde, y compris celui de Johnson & Johnson, celui conçu en Chine, sans oublier le Spoutnik V russe. La pharmacovigilance appliquée aux deux derniers devrait dire si, oui, ou non, des risques létaux existent lors de leur usage. L’humanité devrait alors compter sur suffisamment de vaccins sans risques mortels pour se passer définitivement de l’unique supposé exceptionnellement mortifère, argumente toujours le docteur Bonny. Même si les survenues de décès ne concernent qu’une poignée de malchanceux. Car administrer une substance dont on sait qu’elle risque de donner la mort, fût-ce à la marge, est interdit, comme le soutient le docteur Bonny.

Encore une fois, il faut se méfier des discours apparemment logiques : celui de Michel Cymès, comme lorsqu’il y a un an quand il affirmait que ne pas porter de masque à l’extérieur était sans danger, semble frappé au coin du bon sens. Celui du Dr Bonny est marqué, lui, au coin de la vie et de l’interdiction de tuer sciemment un malade. Je risque une image morbide : à l’inverse d’un peloton d’exécution dans lequel certains des fusilleurs sont censés tirer une balle à blanc pour que chacun se dise qu’il n’a pas tué, les vaccinateurs peuvent désormais toujours se dire que leur injection risque de se révéler mortelle avec l’AstraZeneca.

Aujourd’hui, le président français et ses homologues doivent dire si, après tout, le risque de tuer en vaut la chandelle. Il ne le vaut pas. La chandelle de la vie doit prévaloir. Et je réponds, à titre personnel, à la question qu’on ne pose pas.

Olivier Magnan

PS : votre avis, d’accord, pas d’accord, doit s’exprimer.

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