Un pays sans scénario

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Pour le Conseil scientifique, aligner quatre pistes, en disqualifier trois et au final prévoir le 5e scénario du confinement total est peut-être une façon de ne pas présenter une démission collective, mais c’est aussi se moquer du pays sans réelle perspective.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Emmanuel Macron n’engueule pas les Français·es à la Bolsonaro, mais l’unique décideur ne suit qu’un seul scénario, passer entre les gouttes infectées et remettre son destin à une courbe. Celle des contaminations s’emballe, il ne sera plus là dans moins d’un an (pour un scrutin encore indiscernable). Elle chute, durablement, et il conserve une chance de remplir deux mandats. Compter sur la chance, pour un dirigeant, n’est pas condamnable. Il vaudrait mieux pour tout le pays qu’il le soit, chanceux. Mais tenir encore le non-reconfinement malgré le dépassement de tous les seuils d’alerte connaît sa limite. L’Italie s’est reconfinée à des taux très inférieurs aux régions écarlates françaises…

Le Conseil scientifique toujours présidé par un professeur Delfraissy de moins en moins visible sur les plateaux a compris que sa recommandation n° 1, le reconfinement comme il y a un an, en mars 2020, n’est guère audible. Il en a établi quatre, le 11 mars, qui n’en sont pas puisque le premier – la stratégie de l’immunité collective, but radical, graal de toute épidémie – est d’ores et déjà disqualifié, et que les deux autres le sont tout autant par des experts que Macron n’écoute plus que d’une oreille. En réalité, la seule mission, désormais, du Conseil scientifique, semble consister à exprimer l’avis du Président, meilleure façon de rentrer en grâce, peut-être.

L’immunité collective ? Le variant britannique la hausse à 80 % de la population immunisée. En rêve.

La stratégie « zéro covid » ? Elle exigerait un « confinement continental strict » de 8 à 10 semaines, à la manière de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande (facilité par l’absence de frontières multiples). On oublie.

La stratégie du « stop and go » : alterner des confinements locaux pour protéger les hôpitaux de la saturation et des réouvertures, la baisse enclenchée. Le Conseil scientifique qui l’émet se dépêche de juger cette stratégie « épuisante sur la durée et susceptible de conduire à un grand nombre d’hospitalisations et de morts cumulés » dans une situation de plateau prolongé. Exit.

Reste… la stratégie dite « précoce et régionale », la seule à laquelle s’accroche le Conseil. On surveille (l’incidence, le taux de reproduction du virus, la proportion des variants, le taux d’occupation des réanimations et la couverture vaccinale) et on restreint sur le plan régional (a contrario, on allège progressivement dans les territoires à taux de transmission faible). Bref, c’est à peu près la stratégie… présidentielle et la meilleure façon pour nos experts de choc de rester en vie dans la sphère élyséenne ! Du coup, ces mêmes experts mettent en garde pour le coup d’après : « Cette stratégie territoriale est cependant difficilement tenable en cas de flambée épidémique dans plusieurs régions françaises car, en l’absence de mesures permettant d’isoler les régions les unes des autres, la vitesse de circulation du virus s’homogénéisera rapidement, notamment en raison des variants plus contagieux. »

Merveilleuses prévisions qui reviennent à dire que la seule stratégie possible désormais est celle du Président, mais qu’elle présente tous les risques du retour au confinement total drastique (rêve ultime du Conseil).

Il faudra beaucoup, beaucoup de chance aux Français·es et à leur leader maximo pour que le virus décide, et lui seul, de débarrasser le plancher provisoirement !

Olivier Magnan

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