Le brouillon jamais écrit d’Olivier Véran

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Le ministre de la Santé a écrit aux soignant·es non vacciné·es pour s’étonner de leur monstrueuse abstinence. Nous avons écrit l’autre lettre, celle qu’il n’a jamais envoyée…

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Olivier Véran, ministre de la Santé à la carrière boostée inopinément par un virus, ministre à torse starifié et à épaule indolore, a bel et bien écrit aux soignant·es non vacciné·es le 5 mars, comme il l’avait annoncé la veille lors de la conférence de presse hebdomadaire orchestrée par le Premier ministre.

Si la lettre était partie par La Poste, ça aurait fait du bien au service sinistré des anciens PTT : c’est par centaines de milliers que les soignants ne se sont pas fait vacciner, l’infirmier·ère, l’aide soignant·e, le·la manipulateur·rice radio, le·la kiné, le·la diététicien·ne, le·la préparateur·rice en pharmacie ou encore le·la technicien·ne de laboratoire et bien d’autres.

En substance, le ministre épistolier a légèrement « culpabilisé » les abstinent·es : « Votre vaccination est un gage de protection. Protection pour vous qui côtoyez au quotidien des malades, et notamment des malades du covid qui peuvent être contaminants. C’est également une protection pour vos patients et pour la collectivité […] Je vous le demande, pour vous-mêmes, votre entourage, les Français. Si vous n’êtes pas encore vaccinés, faites-le rapidement. Il en va de notre sécurité collective, et de la capacité de notre système de santé à tenir, comme il l’a toujours fait, et je ne saurai jamais assez vous remercier. »

On ne reprochera pas au ministre de masculiniser « la » covid ni de ne pas recourir à l’écriture inclusive qui s’impose pourtant quand la féminisation de ces métiers grimpe à quelque 70 %. Mais peut-être aurait-il dû tourner son courrier pressant en battant sa coulpe.

Quelque chose comme ça :

« Je ne vous ai pas écrit au début de la crise covid pour nous excuser de vous laisser sans masque, sans surblouse, parfois sans gants. Je ne vous ai pas écrit pour vous rassurer sur l’arrivée du matériel, pour vous dire que je tenais à vous protéger, vous qui êtes en première ligne. Aujourd’hui, je ne vous écris pas pour vous annoncer des embauches massives, la titularisation des contractuel·les. Ni pour vous confirmer l’arrêt immédiat des restructurations. Encore moins pour vous dire que le service de santé français, si exemplaire, allait rouvrir les centaines de milliers de lits fermés ces dernières années. Je ne prends pas la plume pour laisser entendre que les quotas en écoles d’infirmières ou d’aides soignantes allaient s’ouvrir. Et, non, pas davantage pour les médecins réanimateurs. Je sais bien que vous ne disposez pas parfois d’un nombre suffisant de doses pour vacciner à grande échelle, puisque nous n’avons pas su, comme d’autres pays, vacciner par millions. Mais ça viendra. En attendant, piquez les doses destinées aux malades et piquez-vous… »

Bon, dans le genre pastiche, je tombe dans le grotesque. Mais Olivier Véran devrait quand même se demander pourquoi, avant de culpabiliser des professionnel·les de la santé qui connaissent les risques, les assument et se protègent au mieux, tous ces gens en blouse blanche ne se vaccinent pas. De quoi ont-elles·ils peur ?

Olivier Magnan

PS : par souci d’information, je relève quand même que le ministre de la Santé a annoncé le 21 juillet 2020 une hausse du nombre de jeunes professionnels formés d’ici à 2025. Que « dès la rentrée prochaine, le nombre de places dans les écoles en soins infirmiers sera augmenté de 2 000 unités pendant 5 ans. De même, les effectifs d’aides soignant·es seront étoffés avec “un objectif de doublement des entrées en formation d’aides soignant·es d’ici à 2025” ». Objectifs à tenir. En revanche, rien sur les lits d’hôpital.

La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) comptabilise 700 988 infirmiers et infirmières en France, soit 10,46 infirmier·ères pour 1 000 habitants.

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