Le coup de dés

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La fortune aux yeux bandés serait-elle la véritable patronne à l’Élysée ?

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Emmanuel Macron vs Marine Le Pen. Si le scénario binaire désormais probable aux yeux de tous les commentateurs politiques se vérifie, il n’est plus très sûr, paraît-il, que l’effet repoussoir électoral du Rassemblement national – avec un score de dictateur à la clé pour le président sortant, façon Jacques Chirac –, se vérifie à nouveau.

Le jeune président de la covid aurait-il à ce point agacé ses « compatriotes » ?

C’est vraisemblable.

Raison pour laquelle il mise gros : pas de reconfinement. Il sait que si l’activité se gèle à nouveau alors qu’arrive le printemps, il est « cuit ». Mais si couvre-feu aggravé et régions sous surveillance ne suffisent pas à endiguer cette courbe qui hésite entre remontée et chute, il est tout autant condamné.

Ne reste comme trou de souris pour s’en sortir que le scénario d’un virus finalement contenu entre vaccinations et remontée de température. Autrement dit, une chance infime. Il s’en saisit.

Il a contre lui tous les vents mauvais de l’aléa : fronde des médecins experts qu’il n’a pas écoutés et qui rêvent de le lui faire payer. Fronde des médecins généralistes approvisionnés au compte-gouttes face à des pharmaciens pas toujours prêts à piquer dans des locaux mal adaptés. Fronde des maires parfois désolés devant leurs vaccinodromes improvisés. Incertitudes des livraisons. Méconnaissance des effets des variants. Risque de clusters sauvages. La liste des « risques » n’en finit plus.

À la manière d’un général têtu, il a décidé de compter sur sa chance qui sera la nôtre ou pas. Instants historiques qui tiennent au temps qu’il fait, à la statistique, à l’effet inconnu de vaccins miracles.

Car, après, c’est la victoire ! Un autre général nous promet une reprise spectaculaire. Le « général » François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, qui fut l’allié indéfectible de l’argent massif dégagé par les banques centrales. Il est impressionnant de constater combien, dès qu’il s’est agi du nerf de la guerre, Emmanuel Macron a pu compter sur l’intendance. Aujourd’hui, difficile de trouver plus optimiste que le gouverneur. Parce qu’il a constaté qu’après chacun des confinements le pays tout entier renouait avec la reprise, parce que ses propres enquêtes de conjoncture augurent de + 5 % de PIB, « au moins, la plus forte reprise en Europe », parce qu’il prévoit d’ici à un an « le plus fort rebond depuis 1973 », parce qu’à ses yeux le « niveau d’avant » sera au rendez-vous début 2022, le coup de dés du Président ressemble à un coup gagnant. S’il sort le double six, voilà 12 mois de sortie graduelle de la « grande crise ».

De quoi soutenir le débat prédit contre la candidate repoussoir avec quelque chance de succès.

Les Français·es aiment les chanceux. Comme nous fustigeons les porteurs de scoumoune.

Olivier Magnan

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