Le Mondial 2022, l’occasion de se transformer pour le Qatar…

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Geoffrey Wetzel,
journaliste à la rédaction

Au Qatar, la préparation de la Coupe du monde fait polémique. Alors, appeler au boycott ?

Jamais une Coupe du monde de football n’avait fait couler autant d’encre avant même son lancement. En 2022, le Qatar accueillera le Mondial, une folie des grandeurs payée au prix fort. Au point qu’un appel au boycott a déjà été lancé. Faut-il renoncer à l’un des événements planétaires les plus attendus ? Au risque de surprendre, c’est l’erreur à ne pas faire.

Et pourtant, le Qatar – sur le banc des accusés – a bien du mal à plaider non coupable. Tant il abonde d’éléments à charge. En témoigne la dernière enquête menée par le journal The Guardian, qui affirme que depuis 2010, 6 500 travailleur·ses migrant·es, originaires d’Inde, du Népal, du Pakistan ou du Bangladesh, ont trouvé la mort. En raison d’une cadence infernale pour mener au mieux la construction des stades et des infrastructures. « J’imagine comment se déroulera la Coupe du monde, des gens qui viennent du monde entier pour applaudir, rire, et profiter des plus beaux stades, mais penseront-ils à ce qui s’est réellement passé derrière tout cela ? je suppose que non… »,  regrette froidement un de ces travailleurs, venu tout droit des Philippines, et interrogé par Amnesty International.

« Mourir pour qu’on puisse frapper dans une balle devrait nous être insoutenable », lançait un journaliste – Philippe Auclair – à la nuance près que la dimension footballistique n’est sans doute pas l’objectif majeur du Qatar lorsqu’il prétend vouloir organiser cet événement. Constat bien évidemment partagé par mon confrère. Derrière, la volonté de s’installer sur la scène internationale. Et faire du sport le plus populaire un moyen pour les Qataris d’illustrer leur influence grandissante sur le globe. Des allures de soft power.

Un coup de projecteur planétaire – synonyme d’effet loupe sur tous les faits et gestes orchestrés par le Qatar – qui doit pousser ce pays de moins de trois millions d’habitant·es à se transformer. Pour un ancien numéro d’ÉcoRéseau Business, May Romanos, une représentante d’Amnesty International, bien que consciente de l’horreur endurée par tant de travailleur·ses migrant·es, estime que « la Coupe du monde constitue une occasion en or pour que le Qatar décide de changer son droit du travail ». Et je partage son point de vue.

D’ailleurs, les lignes commencent – bien trop lentement sans doute – à bouger. C’est à partir de 2017 que l’abolition du système de kafala, un parrainage marqué par un lien de subordination entre les travailleur·euses étranger·ères présent·es au Qatar et leur employeur, s’enclenche. En 2020, le droit du travail rend obsolète l’impossibilité pour les travailleur·euses de changer de jobs sans le consentement de leur employeur. Sans oublier l’instauration d’un salaire minimum – très bas sans doute à travers nos lunettes occidentales. Reste à mettre ces avancées en pratique. Mais on sait combien la théorie marque souvent le début d’un changement. Le Mondial 2022, ici, joue le rôle d’accélérateur.

Serait-il réellement la bonne façon de faire que d’exclure un pays pour un rendez-vous qui se prétend être mondial ? Un boycott serait mal venu puisqu’il débouche sur un rapport de force, au sein duquel plusieurs pays viendraient pointer du doigt un autre État, le Qatar en l’occurrence. Une manière de renfermer – encore davantage – un pays sur lui-même. Agir de la sorte, c’est nier la possibilité qu’a l’autre de changer. Au passage, aucun pays arabe ou musulman n’a déjà organisé une Coupe du monde de football…  Étonnant puisque les pays arabes « ont déjà posé leur candidature à dix reprises pour accueillir » la prestigieuse compétition, a rappelé Michel Platini. Contraire alors au principe même d’une Coupe du monde.

À quelques mois de l’échéance, le Qatar joue très gros. Et devra en finir avec des scènes similaires au 11 février, quand un cheikh qatari a refusé de serrer la main aux deux arbitres femmes qui ont encadré – en partie – la rencontre entre le Bayern Munich et les Tigres de Monterrey. Ces mêmes femmes qui n’auraient sans doute pas fait partie du corps arbitral il y a quelques années.  Des images qui ont choqué une grande partie de l’Europe, à juste titre. Bien qu’elle ne soit pas en mesure de jouer les donneurs de leçons puisque l’UEFA, l’instance européenne de football, n’a laissé une femme arbitrer une rencontre de Ligue des champions que pour la première fois en décembre 2020…

Geoffrey Wetzel

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