Appel au Président qui a commandé 30 000 doses de l’anticorps français

Temps de lecture 3’10

Révélation : dans l’avion qui le ramenait de Nantes, Emmanuel Macron aurait décidé de donner les moyens à la production du XAV-19 de la biotech Xenothera. Où est donc passé le bon de commande ?

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Caton l’Ancien entamait toutes ses prises de parole par Delenda Carthago, il faut détruire Carthage, et les Romains ont fini par raser la cité-État phénicienne. Je vais jouer modestement mon Caton en répétant pour la énième fois à cette tribune : il faut commander le XAV-19, l’anticorps polyclonal de la firme française Xenothera de Nantes. Non parce qu’il s’agit d’une start-up française, comme un médecin perfide le suggéra, mais parce que tout montre que ce médicament (et non vaccin) se montre efficace, sans doute à une échelle encore inespérée.

Pour rappel rapide, un anticorps est produit par le système immunitaire d’une personne infectée (c’est l’anticorps de patients). Réinjecté à un autre malade, il a toute chance de l’aider à annihiler le virus, quel qu’il soit. Mais pas question d’exploiter à grande échelle de tels anticorps pour les administrer à des cohortes de contaminés. On en fabrique donc, industriellement. Ils sont monoclonaux (la méthode universellement répandue, mise au point essentiellement par les labos américains), donc efficaces pour un certain type de « pointe » du virus correspondant à la portée d’entrée de la cellule qu’il cherche à pénétrer. Ils sont polyclonaux quand toutes les « pointes » dudit virus sont « fermées » par le médicament anticorps. Intuitivement, les polyclonaux sont donc les anticorps les plus indiqués puisqu’efficaces sur l’ensemble des variants du Sars-Cov-2. C’est le cas du XAV-19.

Depuis plus d’un an, la présidente de Xenothera, la docteure Odile Duvaux, se bat pour obtenir les fonds nécessaires aux essais cliniques nécessaires (elle en a obtenus et 110 patients volontaires, testés en double aveugle, commencent à montrer l’efficacité du médicament). Elle tente désormais de passer à la phase de production – donc une fois munie d’une autorisation temporaire d’utilisation, ATU. Comme la totalité des vaccins en lice qui ont bénéficié de financements parfois faramineux pour entrer en production, qu’ils se révèlent efficaces ou pas, Xenothera a besoin que l’on achète une première préproduction simplement pour être en mesure de livrer des doses, son autorisation enfin obtenue.

Mais l’État français qui a souscrit a priori aux vaccins via l’Europe, semble encore timide à l’idée de « payer pour voir » l’efficacité d’ores et déjà démontrée du polyclonal XAV-19*.

Mieux, et il s’agit d’un scoop pour autant que l’information n’ait pas été donnée quelque part : le 11 février, en déplacement à Nantes pour évoquer l’égalité des chances dans la fonction publique, Emmanuel Macron a tellement entendu parler de Xenothera et de son médicament si efficace qu’il aurait décidé, dans l’avion de retour, de commander 30 000 doses à la biotech.

Depuis, silence radio, malgré la confirmation d’une telle commande par le Premier ministre en personne.

À l’heure où l’Allemagne a commandé 200 000 doses d’un anticorps monoclonal américain réservé aux seul·es contaminé·es précoces et atteints de comorbidité, mais aux risques d’effets secondaires graves et impuissant sur les variants britannique, africains du sud et brésilien (il s’agit de l’imprononçable bamlanivimab du laboratoire Eli Lilly qui a connu un « bide » aux États-Unis !), les 30 000 doses du polyclonal français n’ont toujours pas fait l’objet d’un bon de commande.

Monsieur le Président, si, comme tout porte à le croire, vous avez demandé que cette commande soit passée et si la raideur de l’administration, des bureaux, des payeurs, des sous-chefs sont la cause de cette impasse, je vous en conjure, tapez du poing sur votre bureau élyséen et exigez.

Le XAV-19 n’a pas même encore de prix. Quand bien même serait-il vendu à 2 000 euros l’unité comme le bam-quelque-chose, ces 60 millions d’euros, s’ils contribuent à désengorger, à soigner, à guérir, n’ont aucune importance ni incidence par rapport aux milliards que roulent le virus dans ses spicules. Mais ils garantiraient que les Français·es soient traité·es efficacement quand l’autorisation, qui n’a plus aucune raison d’être refusée dès lors que le XAV a répondu favorablement aux tests de toxicologie requis, sera délivrée.
En outre, M. le Président, si le XAV-19 se révélait aussi efficace qu’il en montre à ce jour l’apparence, des cohortes de labos planétaires se rueraient pour le produire sous licence Xenothera.

Le jour où la saga inouïe de la biotech nantaise sera écrite, il vaudra mieux qu’elle révèle que vous aurez tout fait pour lui donner toutes ses chances.

Olivier Caton Magnan

* Petit rappel : le vaccin du Nantais (tiens donc !) associé à un labo autrichien, Valneva, avec son adjuvant, qui n’a pas encore reçu les autorisations voulues, s’est « vendu » aux Britanniques, avec une précommande de 18 millions de doses et la construction d’une usine de production au Royaume-Uni…

1 COMMENTAIRE

  1. Bonjour,
    Merci du fond du coeur pour cet article. Il y a un an que je consulte ce qui a trait à Xenothera et que je suis révoltée par le manque de soutien des autorités françaises aux travaux si prometteurs de cette start up.
    On peut s’interroger sur les raisons d’être d’un tel mépris. Il en va de même pour le vaccin nantais cédé à l’Angleterre.
    Je viens de lire l’article de Thomas Burgel, de Korii, du 9.3.2021 « comment la France empêche le monde de produire plus de vaccins », également très édifiant sur la gestion ultralibérale de la situation. C’est désespérant.

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