Et l’Inde ?

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D’abord durement frappé, le continent est aujourd’hui largement épargné par le coronavirus. Sans que personne ne comprenne pourquoi. Mais personne de toute façon ne comprend plus grand-chose à l’épidémie…

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Hier, mon édito s’est baladé dans les incohérences de la pandémie. Confinement là-bas, effets radicaux, confinement ici, moyennement efficace, non-confinement ailleurs, guère pire. Vaccination efficace en labo, peut-être beaucoup moins dans « la vraie vie ». Un constat : les spécialistes en perdent leur vaccin. L’excellente synthèse impertinente de Yann Barthès et Julien Bellver sur M6 – Quotidien – qui a l’avantage de se promener d’une rédaction à l’autre et d’un plateau télé au suivant en une forme de synthèse bavarde le montrait le 15 février : les épidémiologistes ne comprennent plus grand-chose aux phénomènes contradictoires que le virus sème dans sa contagion surréaliste : asymptomatique, symptomatique, bénin, mortel, léger ou sévère, vite guéri ou à répercussion longue… Un trentenaire terrassé, mais sœur Andrée, 117 ans, même pas mal. Le Sars-CoV-2 et ses variants relèguent les bonnes vieilles pestes qui tuaient tout le monde au registre des pandémies « logiques » dans leur létalité intégrale.

Autre aberration à échelle continentale, l’Inde.

À l’automne 2020, le 1,4 milliard d’habitant·es semblait promis à l’hécatombe. Près de 100 000 contaminations par jour en septembre, quelque 12 000 aujourd’hui. Cinémas, restaurants, commerces font le plein. Les écoles et les universités accueillent élèves et étudiant·es. Le port du masque, requis, est erratique. Les hôpitaux ne crient pas à la saturation… Et même, le 10 février, à New Delhi, zéro nouveau contaminé. C’est simple, le taux est de l’ordre de 7 fois inférieur à la France.

Effet d’un reconfinement majeur ? Que nenni. Distanciation physique drastique ? Vous plaisantez… Seul un confinement très strict en mars 2020 avait été décrété par les autorités, levé en juin. Alors, plan de vaccination efficace de nature à faire taper du poing de rage le président Macron ? Pas davantage. Moins de 10 millions de doses injectées, 0,6 % de la population, dans ce pays qui fabrique du vaccin pour le monde entier ! Un système de santé hors pair ? En aucun cas… Même si l’on n’a pas forcément recensé tous les décès au fin fond des campagnes, l’épidémie n’est en rien menaçante.

Alors, ouf, les épidémiologistes brandissent la cause : une immunité collective, le Graal de la libération. Un État indien avait été très touché, dit-on, et à New Delhi même, on parle de 56 % de la population déjà contaminée. Oui ? Comment alors expliquer que le Brésil, où le président continue à mépriser le virus au point que 70 % de la population sont contaminés, donc a priori immunisés, continue à voir l’épidémie exploser ?

Restent au chapitre des explications « rationnelles » la jeunesse des Indien·nes et le climat. Jusqu’au moment où d’autres pays jeunes au climat similaire vont montrer tout l’inverse.
Bref, ce ou ces virus ressemblent au Joker fou qui irrite tant Batman : il déjoue tous nos savoirs, nos dogmatismes et nos arrogances. Ce en quoi il n’est pas entièrement inutile… Au moins pour rabattre le caquet de certain·es.

Olivier Magnan

1 COMMENTAIRE

  1. Avez-vous pris connaissance, cher Olivier, de la réflexion de Bruno Latour concernant ce méchant virus/répétiteur que nous haïssons tant ?
    Le virus est chez lui, il était sur terre bien avant nous et c’est même lui qui a créé nos conditions d’existence.
    On peut donc dire que c’est nous qui sommes chez lui.
    Or nous avons modifié notre environnent, pardon, son environnement, alors il réagit et pour survivre, il mute.
    Maintenant c’est à nous de nous métamorphoser (cf. Kafka ), de discuter des relations anthropologiques que nous voulons établir.
    D’écrire le monde ensemble comme il le dit si joliment.
    Aliette.

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