Attendez-vous à connaître… la pénurie de pastettes

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Faut-il en sourire ? Sans doute pas : tests PCR, masques, manips de labo sont impactés par la rupture de production d’un plastique vital, le polypropylène.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Une pénurie à bas bruit est en train d’impacter tous les labos du monde : celle du polypropylène. Après les masques, le gel, les charlottes, les surblouses et… les vaccins, l’humanité est en train de subir le manque d’une matière première omniprésente sur les paillasses : le polymère thermoplastique semi-cristallin de grande consommation.

J’ai été alerté, un quart de seconde, par cet infectiologue qui s’inquiétait lors d’une interview télévisée d’une pénurie de masques « et de plastique ». De plastique ? Le polypropylène, bien sûr !

Dit comme ça, ça a l’air d’un gag. Pourtant, ce type de plastique dur qui se ramollit à la chaleur nous est quasiment indispensable : dans la construction automobile, nos pare-chocs, nos tableaux de bord, l’habillage de l’habitacle et les réservoirs d’essence et de liquide de frein sont en polypropylène. Les emballages alimentaires qui nous polluent ? Polypropylène (PP pour les intimes). Combinaisons pour peintre, charlottes, masques chirurgicaux : PP. Jusqu’aux  pailles à boire ! Mais au-delà de ces usages grand public, PP envahit aussi labos, hôpitaux, cabinets médicaux : c’est en PP que sont coulés les « cônes », dont les « bleus », ces pointes de pipettes omniprésentes pour la moindre analyse, ces « pointes à filtre », ces « microtubes » où stocker le plasma sous tout petit volume, ces « pastettes » inconnues de tout le monde sinon des pros pour aspirer du plasma (photo de cet éditorial).

Cônes bleus

Ne souriez pas trop : sans ces instruments, la recherche, le traitement, les analyses s’arrêtent ou se rationnent. Partout dans le monde.

Pourquoi cette pénurie ? Parce que depuis août 2020, deux « crackers » de propylène américains ont dû se mettre à l’arrêt, avec d’autres usines. Les spécialistes industriels nomment ces « incidents » des « forces majeures ». L’Europe aussi est privée de PP : deux sites en France de Total sont « forces majeures », autrement dit, leur production est suspendue. De quoi priver un site en Belgique lui aussi en débrayage. Les plasturgistes se sont rués sur les stocks. Dévalisés. Et les prix ont monté.

J’ai interrogé deux responsables du pôle de biologie du CHU de Grenoble, alerté que j’étais par un mail chez eux qui invitait aux rationnements (merci à ma consœur Stéphanie Delmas et à Hervé Pelloux, du CHU grenoblois). Carole Moresco, cadre supérieure du pôle, me l’a confirmé : « Il nous faut jongler avec nos réserves de tous les dispositifs d’analyses et d’expériences, ces accessoires indispensables que vous avez mentionnés. Et si la pénurie dure, elle pourrait impacter jusqu’aux tests covid. On diffère, on cherche des alternatives… » Jean-Marc Baietto, directeur adjoint du CHU de Grenoble, s’inquiète lui aussi : « Les masques que nous recommandent les autorités contiennent du polypropylène. Le matériau entre dans les dispositifs des tests PCR. »

Si votre labo d’analyses du coin de la rue vous dit un de ces quatre « désolé, on doit différer vos analyses – covid ou pas –, nous n’avons plus de cône ou de pastettes », vous aurez été prévenu·es.

Si le manque de PP perdure, nous allons en entendre parler sous peu, avec son cortège de mises en cause : après les masques, Olivier Véran va-t-il devoir nous expliquer que le polypropylène est sous contrôle, que la France en a acheté des stocks suffisants ? Si seulement Barbara Pompili, à l’Écologie, en profitait pour lui trouver un substitut… non polluant.

Olivier Magnan

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