À force de gouverner pour le maintenant, les chef·fes d’États obèrent nos futurs

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La cause de la pandémie et les conditions de son éradication ne sont tout simplement pas aux programmes de dirigeants rivés sur l’aujourd’hui.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Que confiner coûte 4, 15 ou 25 milliards par jour à la France (les chiffres s’en donnent à cœur fendre), le président du « pognon dingue » en a eu tellement conscience qu’il a donc décidé d’économiser un peu. Après tout, comme personne ne détient la vérité mais que tout le monde la profère, autant ne pas figer l’économie une fois de plus. Et l’on verra bien.

Si le fameux plateau ascendant repart à la hausse, le président confinera. S’il semble stagner ou s’abaisser, bingo, il aura évité un peu plus de pertes et tenu tête à cette meute de médecins qui rêvent, à tort ou à raison, du retour aux déserts urbains. Si plus personne ou presque ne sort de chez lui, on se prend à penser que l’on en aura fini avec l’épidémie. Sans préjuger de son retour en fanfare le déconfinement venu.

Une évidence, que cette résolution tienne ou pas, le politique aura pour la première fois repoussé l’avis du Conseil scientifique dont il faisait jusqu’alors sa boussole. Les savant·es dépassé·es, eux et elles qui avaient l’impression qu’ils·elles décidaient du sort de la nation, en ont été quelque peu froissé·es. Même le souriant Dr Mascret, sur France 2, d’ordinaire si lisse et consensuel, s’est montré virulent le jour où le gouvernement n’a pas obéi à l’injonction scientifique.

Macron, sur le plan des principes, n’a pas tort : les scientifiques sont censé·es émettre des avis, il tranche. Mais ces avis sont à ce point controversés, antinomiques et fuligineux, les variantes des variants à ce point combinatoires, les approvisionnements vaccinaux à ce point fluctuants que la décision réputée solitaire, paraît-il, du chef de l’État, se comprend et s’admet. D’autant plus que nous ne savons plus si nous sommes en état de couvre-feu rigoureux avec fermeture des frontières et des centres commerciaux d’une certaine taille ou de confinement laxiste avec voyages impératifs tolérés et fermeture partielle des commerces !

Il manque pourtant à cet entre-deux tâtonnant l’avant et l’après de l’épidémie.

Il devrait être tout aussi important de penser l’avenir en « mettant le paquet » sur la recherche des causes : si les élevages d’animaux concentrés et cruels sont le point de départ du coronavirus et la source des inéluctables prochains, alors c’est maintenant qu’il faut remettre en question leur existence. S’il s’agit d’un accident de laboratoire, il est urgent de les exclure à l’avenir (je ne parle même pas des thèses complotistes !).

Or les rodomontades du président de l’OMS devant le dictateur chinois et les bâtons dans les roues subie par la commission d’enquête dépêchée en Chine n’augurent pas de progrès rapides dans ce domaine*.

L’après de l’épidémie aussi devrait s’élaborer aujourd’hui. Il concerne le système de santé de toute la nation et l’organisation de l’activité entrepreneuriale – avec sa dose de télétravail et de relocalisations, sur fond de transition écologique. Mais ni l’avant ni l’après ne semblent au menu des perspectives politiques de gouvernements obsédés par le maintenant. Le meilleur moyen de choisir le statu quo et donc la permanence des conditions de nuisance de toute épidémie.

Olivier Magnan

* À moins que l’on ne parte du principe que les épidémies vont désormais se succéder et que la seule solution est de les parer en bricolant l’ADN humain – hypothèse très en faveur dans certains milieux de recherche.

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