Qui me pointerait du doigt, moi, accro à mon smartphone ?

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Geoffrey Wetzel,
journaliste à la rédaction

Le 6 février 2021 sera célébrée la journée mondiale sans téléphone portable. Chiche ? Plutôt crever !

Journée mondiale de la justice sociale. Journée mondiale de l’aide humanitaire. Journée mondiale de la liberté de la presse. Il est des causes dont on peut aisément se réjouir. Des causes justes qui nous tiennent à cœur et pour lesquelles le changement  s’envisage, se perçoit à l’horizon. Et puis il y en a d’autres dont les célébrations se contentent simplement de rappeler comment nous vivions avant. Qui n’ont pas d’échappatoire. Un monde sans téléphone portable ? Serions-nous nostalgiques… Allez-vous vraiment couper le cordon le 6 février ? Et après ?

Moi, je ne le pourrai pas. Je ne le pourrai pas parce que je suis nomophobe. Ça ne vous dit rien ? Ne perdez pas de temps, prenez votre smartphone et googlisez… « no mobile » et « phobia », les nomophobes sont ces personnes qui ne peuvent pour rien au monde se séparer de leur téléphone portable. Ou qui ont peur de se retrouver dans l’impossibilité de s’en servir. Celles qui se réveillent et s’endorment avec lui. Moi, vous et nous.

Et pourtant le smartphone n’est pour l’heure toujours pas reconnu comme une addiction. Ni par l’Académie de médecine ni par l’Académie des sciences. Et c’est en cela que réside tout le vice propre au smartphone qui n’est rien d’autre qu’un… support. Vous jouez abusivement aux jeux en ligne sur votre smartphone ? Vous êtes accro aux jeux en ligne. Vous achetez tout et n’importe quoi via votre ordiphone (l’équivalent français de smartphone a du mal à s’imposer) ? Vous êtes un·e acheteur·se compulsif·ive ! Le smartphone se dédouane. Mais c’est bien lui qui matérialise cette obsession à pouvoir et donc vouloir tout faire tout de suite.

Et pourquoi notre digital detox reste-t-elle vouée à l’échec ? D’abord parce que nous n’imaginons pas que notre dépendance au smartphone soit anormale. Le fumeur non plus me direz-vous, le toxico ou l’alcoolique… À la différence que ces accros ont en face d’eux·elles une société qui les pointe du doigt. Oui, ces gens dévorés par la cigarette ou l’alcool demeurent suffisamment marginaux – dans le sens où la société tout entière n’est pas concernée – pour avoir un effet boomerang de leurs pratiques. Qui me pointerait du doigt, moi, accro à mon smartphone ?

L’omnipotence du smartphone se révèle d’autant plus incontournable que notre gadget préféré joue sur tous les tableaux : il a remplacé l’appareil photo, la montre ou le réveil, la télévision, le GPS… « Ils écoutent la musique avec un téléphone, ils parlent dans la rue avec un téléphone, ils se photographient avec un téléphone et même ils se dirigent avec un téléphone. Et moi j’ai plus de batterie et… je sais pas où je suis ! », chantait Philipe Katerine dans Té-lé-phone.

Je ne sais pas où je suis. Le smartphone nous procure ce sentiment de rester connecté au monde et de ne rien rater. Sous prétexte qu’il abolit les frontières, le téléphone, au XXIe siècle, a brisé notre rapport à la proximité. Nous parlons avec des inconnu·es à l’autre bout du globe et nous ne connaissons plus nos voisin·es. Oublier le temps d’un instant son smartphone : « En quoi est-ce que cela me coupe du monde qui m’entoure directement ? », s’interroge Nicolas Belleux, psychiatre et psychothérapeute. Sans compter les méfaits de son utilisation : troubles de la vision, douleurs aux poignets, les troubles du sommeil et de la concentration, irritabilité. Bref, je vais sans doute m’arrêter là. Mon smartphone est rechargé.

Geoffrey Wetzel

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