3e reconfinement, sans doute, mais comment le dire ?

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Emmanuel Macron va devoir trouver autre chose que le couplet des enfants sages et de l’État nounou pour faire passer le message.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Mes cher·es compatriotes…

Mercredi, dit-on, voilà le retour d’Emmanuel Macron télévisé pour nous annoncer un reconfinement pour la 3e fois. Il ne surprendra personne – 72 % de la population s’y attendent –, mais cette fois seuls 41 % des Français·es le souhaitent. La peur commence à faiblir face à l’insupportable de ces journées closes à 18 heures, la faillite inéluctable de nombre de commerces et d’entreprises, l’absence de vacances, la perspective du chômage, la fermeture des frontières. Le hashtag JeNeMeConfineraiPas commence à se multiplier, signe de cette rébellion latente qui effraie tant un gouvernement arc-bouté sur de minuscules espoirs chiffrés.

On imagine les arguments du discours : plus que jamais, l’épidémie et ses variants exigent que nous nous battions…, Nos mesures ont déjà porté leurs fruits… nous sommes les plus efficaces dans le monde… Vous êtes un peuple formidable… Nous soutiendrons nos entreprises… Notre stratégie de vaccination est sur le point de nous protéger… J’ai décidé, le reconfinement ne sera pas aussi strict que le premier (variantes avec ou sans bulletin de sortie, périmètres de liberté…)… Je sais que votre patience est mise à rude épreuve… Les fragiles, les soignants auxquels nous devons tant, nos scientifiques… Les vélotypistes qui courent sur leur clavier spécial au fil du discours pour restituer la parole sous forme écrite sont déjà rodés.

Si le wording présidentiel ne sort pas de cette rhétorique usée jusqu’à la corde, il est probable que le peuple sans bouches dont on retoque jusqu’aux masques maisons ne commence à s’agiter. Sans grande latitude : on voit mal comment des « masques jaunes » pourraient s’agglutiner sur des ronds-points pour fustiger une épidémie apolitique par essence.

« On aurait eu la même gestion de crise, voire pire, avec un autre dirigeant – de droite, de gauche ou du centre », estime l’essayiste libéral Mathieu Laine, ami du Président, qui vient de publier Infantilisation – Cet État nounou qui nous veut du bien (Presses de la Cité). Cet entrepreneur, professeur d’humanités politiques à Sciences Po, touche le point juste : qu’on arrête de nous parler comme à des enfants. Tous ces professeurs qui inventent chaque jour une cause à leur incapacité à juguler une maladie rebelle – dernière en date, les parlottes dans les transports en commun –, feraient mieux de taper sur l’État-Providence qui a raté la gestion des masques aux temps de l’avant-covid, qui ne veut toujours pas recalibrer le système de santé et dont l’administration ne sait pas se dépatouiller d’une logistique d’acheminement vaccinal laborieuse. Tout se passe à la fin comme si seules les dictatures savaient vacciner des masses enrégimentées dans des temps records !

Mercredi, on attend du Président un éclat nouveau qui échappe aux constats d’impuissance et d’appels à la patience – le retour à la « normalité » sera longue, quand le Sars-CoV-2 sera devenu un pathogène de type grippal, présent mais presque bénin. Faute de ce contre-pied à l’infantilisation, il aura du mal à ne pas voir son image éborgnée encore un peu plus – sa cote est bien basse – sous les assauts médiatiques d’une opposition sortie du mutisme, sous les invectives des élus, sous les commentaires désabusés du quidam.

Quel éclat ? Mathieu Laine suggère de ne pas refermer les librairies, les universités et de supprimer les bulletins de sortie.

Pas sûr que ça suffise pour redonner un peu de couleurs à des Français·es pas si résigné·es, pas si « infantilisables » que ça.

Olivier Magnan

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