Et si l’on s’était trompé de stratégie vaccinale et de cibles à isoler ?

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Un fort courant scientifique plaide en faveur d’un isolement et d’une vaccination des individus les plus sociaux, certainement pas les plus âgés.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Il existe une autre approche de la traque au virus que certaines collectivités françaises commencent tout juste à mettre en œuvre : « La chasse aux superpropagateurs », comme le titre Science & Vie dans son numéro de janvier 2021. Le constat est constant : « 10 à 20 % des malades contribuent à 80 % du total des contaminations. » Mais « 70 % environ des porteurs du Sars-CoV-2 ne transmettent la maladie à personne d’autre, constituant des impasses pour le pathogène ».

Que tirer de ces deux données ? Avant tout que le coronavirus se propage par contagions soudaines, les fameux clusters. Pas comme le rhume ou la grippe qui se « choppe » presque à coup sûr dans l’entourage du·de la contaminé·e. Et donc ? Eh bien a priori, on ne s’y prendrait pas de la meilleure façon pour éradiquer le fauteur de troubles et de morts. Le professeur Alain Fischer, le pilote de la vaccination, veut protéger les plus faibles, on le sait (plus faibles qui, pour certain·es, commencent du reste à ne plus supporter l’injection, la vaccination devient alors le petit delta qui les fait passer de leur vie fragile à trépas, comme le manifestent un nombre croissant de cas).

Mais selon plusieurs infectiologues qui ne se font guère entendre, ce ne serait pas la bonne méthode. Pas celle en tout cas des pays asiatiques familiers du SRAS qui savent qu’« un événement de superpropagation peut à tout moment relancer brutalement la contagion », dixit Akira Endo, chercheur à Londres, cité par Science & Vie. En comprenant peu à peu qu’un superpropagateur devient soudain « très infectieux pendant un jour ou deux, notamment dans la phase qui précède les premiers symptômes », on devine pourquoi les restaurants, les bars, les salles de sport où l’on tombe le masque deviennent des clusters : « 10 % des lieux publics comptent pour 85 % des transmissions. » À telle enseigne que d’aucuns recommandent de ne pas parler dans ces endroits vulnérables. Sait-on que la parole est carrément interdite dans les transports publics au Japon ?

Si bien que si, en France, l’on suivait cette vision des choses, il faudrait :

> conseiller à tout le monde de réduire à dix les personnes à côtoyer,

> entreprendre un traçage dit inversé, autrement dit retrouver la personne ou l’événement contaminateur (isolements immédiats à la clé).

Pas simple, mais selon les spécialistes interrogé·es par notre confrère, le moyen plutôt radical de priver le pathogène d’organismes à infecter. Autrement dit, plutôt que de protéger les plus âgés en général déjà passablement isolé·es, il faudrait viser les gens qui multiplient les contacts sociaux… Chefs d’entreprise, élus, personnel politique, personnel soignant, médecins devraient avoir été les premiers vacciné·es et même les premier·ères invité·es à réduire leurs contacts, ce qui reste difficile pour le personnel médical : Emmanuel Macron, homme de contacts par définition, n’a-t-il pas été léché par la covid ?

Sous l’apparente rationalité des choix français – quand dans nombre d’autres pays on vaccine à tout-va sans considération de l’âge –, se cache peut-être le spectre de l’échec. Bouleverser la stratégie serait politiquement hasardeux, d’autant que ce serait discréditer au passage le pack scientifique jusqu’alors aveuglement suivi, au profit d’un autre consensus scientifique de plus en plus crédible. Il est des choix solitaires pour un Président tout-puissant qui exigent quelque courage. Ceux d’Angela Merkel – confinement sévère en vue ? – n’en font-ils pas partie, même si la chancelière n’a, elle, plus de réélection à défendre ?

Olivier Magnan

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