Faut-il croire que le gouvernement français est à ce point excellent ?

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Au sortir de la dernière conférence de Jean Castex et de 6 ministres, nous voguons sur un petit nuage : nous sommes les meilleurs…

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Quels tâtonnements ! Quelle Europe désynchronisée ! Quand la Chine confine des villes en les transformant en prisons, au nom d’une stratégie unique, l’Europe improvise État par État face à un risque majeur identique. La France était confinée quand bon nombre de pays autour d’elle laissaient leur population dans les rues. Ils se confinent quand la France relâche l’interdit modéré. Désormais, c’est le couvre-feu généralisé à 18 heures que choisit le pays, à l’image de 11 autres nations en Europe (l’Autriche, la Belgique, Chypre, l’Espagne, la Grèce, la Hongrie, l’Italie, le Luxembourg, la République tchèque, la Roumanie et la Slovénie), mais pas à 18 heures. Les Lettons, eux, ne connaissent un couvre-feu que les week-ends, de 22 heures à 5 heures. Bref, à chacun son scénario.

Jean Castex nous aura refait, hier jeudi, le coup du bon élève : en traitant de « prématurés » les déconfinements de nos voisins, il vante sa politique (« Notre stratégie a été la bonne ») au regard d’une « situation plus qu’honorable ». Ce petit jeu des comparaisons, s’en rend-il compte, crispe une partie des « cher·es compatriotes » qui l’écoutent, déjà alertés par un plan vaccination unanimement fustigé pour ses débuts laborieux.

Or si j’avais l’esprit mal tourné, hypothèse inimaginable, je serais capable de soupçonner qu’une ruse digne d’un petit Machiavel sourd du discours du Premier ministre et de son ministre vaccinateur, Olivier Véran : en gérant la pénurie, on crée le besoin. En limitant le nombre des éligibles au vaccin, on crée l’attente. Dans un pays réputé « antivax » en majorité, on est en train de contourner la prévention à force de créer des plates-formes de rendez-vous potentiellement prises d’assaut, donc débordées.

Bien sûr, il s’agit d’une pure médisance de ma part. Et si Olivier Véran remarque, petit sourire rentré, que [les Français·es] « sont de plus en plus favorables au vaccin », il ne s’agit en aucune façon d’un petit air triomphaliste. Après tout, et si la pluie des vaccins promis aboutit à la protection et à la guérison, une telle supposée stratégie de vraie-fausse pénurie relève du grand art… « On ne vous sent pas très alarmiste », remarque même un confrère d’Europe 1.

À ce moment du défilé des ministres, chacun·e porteur·euse de dispositions économiques toutes plus généreuses les unes que les autres (Bruno Le Maire, Élisabeth Borne, Roselyne Bachelot, Jean-Michel Blanquer…), nous sommes comblé·es : de protections en exonérations, de prolongations des aides en élargissement des assiettes des relais financiers, de report des remboursements en activités partielles prises en charge, nous avons quasiment l’impression que nous serons plus riches au sortir du tunnel épidémique qu’avant la catastrophe, à raison de 4 milliards d’euros par mois. Un gouvernement aussi « magique », plus clairvoyant que l’ensemble du monde, est bel et bien une bénédiction. Et je ne suis pas sûr d’être si ironique que ça…

Olivier Magnan

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