Le plan de prévention épidémie oublié qu’il faut réactiver

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C’est dès maintenant que le chef de l’État devrait le mettre en place.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Dans la panoplie des dizaines de livres qui se nourrissent de la covid, celui de Philippe Douste-Blazy, Maladie française, est un peu passé inaperçu. Après quelques apparitions de plateaux en octobre 2020, date de parution du livre chez L’Archipel, l’actuel président d’un fonds de l’ONU (consacré à la lutte contre la malnutrition) est retourné en coulisses.

Pourtant, à le lire aujourd’hui, le livre du sexagénaire toulousain, cardiologue, à deux reprises ministre de la Santé, ne perd rien de son actualité.

C’est un livre à charge. À l’instar du brûlot de Christian Perronne, Y a-t-il une erreur qu’ILS n’ont pas commise ? (Albin Michel, 2020), Douste-Blazy intente le procès de la décision politique, décidément atteinte de cette « maladie française » inoculée durablement par une centralisation alourdie de directions administratives semble-t-il peu aptes à anticiper quoi que ce soit. Mais contrairement à son confrère aujourd’hui viré de son service de l’hôpital de Garches par Martin Hirsh, DG de l’AP-HP, attaqué par le Conseil de l’ordre, le dénonciateur de l’impuissance française – au moins la moitié de son récit – ne semble pas encourir la haine de ceux et celles qu’il convoque devant son tribunal de l’action mal déployée. Il écrit pourtant clairement, un peu comme son confrère, que « les chefs d’État ne s’intéressent pas à la santé publique ». Ce simple constat devrait sonner comme une accusation capitale. Dans la situation mondiale actuelle, c’est même une forme de trahison…

Traitement d’autant plus surprenant que Philippe Douste-Blazy, tout comme Perronne, chante haut et fort les mérites de son confrère Didier Raoult, au point que le chercheur marseillais signe la préface de son livre. D.-B. vante les succès de la méthode Raoult et place l’hydroxychloroquine en tête des médications les plus efficaces, pour peu, comme le préconise l’IHU de Marseille, qu’on l’administre tôt.

Or, rappelons-le, l’hydroxychloroquine reste bannie des protocoles médicamenteux en France, en dépit du retrait des revues britanniques de référence de l’étude qui avait conclu à sa dangerosité. C’est là une violence à l’encontre d’un médicament décidément sans danger dont devra répondre l’actuel ministre de la Santé, Olivier Véran.

Mais Philippe Douste-Blazy nourrit une raison de plus de déplorer la médiocre gestion française de l’épidémie : il avait, lui, en 2004, établi un plan de prévention des épidémies de type aviaire. On y trouve tout ce que les gouvernements successifs n’ont jamais mis en place… Quand il le présente, le défend, insiste sur l’importance vitale face au danger inéluctable, l’arène politique comme les journalistes le traitent par le mépris : « Douste veut faire parler de lui… » Feu Jacques Chirac ne fit rien.

Comme le sous-titre l’éditeur du médecin incompris : « Pandémie : et pourtant, tout avait été préparé ! » C’est vrai, mais Douste-Blazy n’est pas « une grande gueule » et comme partout dans le monde, les prophètes de malheurs sont au mieux oubliés, au pire éliminés (souvenons-nous de la médecin chinoise Ai Fen, cheffe des urgences de l’hôpital central de Wuhan qui avait dénoncé les pressions pour qu’elle se taise, toujours disparue).

Une certitude : tout·e président·e de n’importe quel État dans le monde désormais devra placer la prévention des épidémies et la force du système de santé aux avant-scènes de son programme. Et ne pas se contenter d’une vitrine sans contenu. Peut-être que le président français actuel ou son ou sa successeur·e sera-t-il fondé à nommer Douste-Blazy à la Santé, avec mission explicite de doter le pays d’un nouveau plan de prévention fort des moyens voulus. Peut-être est-ce avec cette arrière-pensée que le discret contempteur des stratégies branlantes conclut son livre sur la certitude qu’une nouvelle épidémie, un jour, si le Sars-Cov-2 se met en sourdine, se déclarera… Au fait, comment se fait-il que les chef·fes d’État dans le monde, tout empêtré·es qu’ils et elles soient dans l’actualité de la covid, n’annoncent-ils·elles pas le lancement d’un plan de prévention ? Quitte à nommer une énième Haute autorité à cette fin ?

Olivier Magnan

Photo : Philippe Douste-Blazy sur Sud-Radio en octobre 2020 : encore inaudible.

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