Le droit politique à l’improvisation

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Les gouvernements reconnaissent difficilement qu’ils pilotent à vue. Même quand c’est à l’évidence le cas. Est-ce forcément une faute rédhibitoire ?

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Faut-il vraiment que le Premier ministre, le gouvernement, soient sans cesse sur la défensive ?

Faut-il vraiment qu’à chaque communication, nos décideurs doivent rappeler que la France, grâce à eux, est le pays le moins touché en vertu des mesures qu’ils ont prises ?

Nous savons qu’il existe, en France, un tempérament – des journalistes aux élus en passant par les vrais et les faux spécialistes – porté à la polémique (ce n’est du reste, et heureusement, pas réservé à notre pays), toujours prompt à critiquer les dirigeants. Je suis le premier à ne pas mâcher mes mots quand telle ou telle attitude chez nos décideur·euses me paraît mal adaptée. Et il arrive souvent que la polémique soit fondée. Après tout, je l’ai déjà évoqué avec beaucoup d’autres, nos mille-feuilles administratifs, l’arrogance de certaines institutions que l’autorité politique semble incapable de mettre au pas ne figurent pas forcément aux palmarès des talents français.

Si bien que les explications télévisées plus ou moins agacées de la part du Premier ministre, hier 7 janvier, lors de sa conférence de presse, pour expliquer qu’il n’existe aucun retard mais que l’on accélère quand même, prennent, même face à des confrères-sœurs particulièrement peu pugnaces, une coloration exaspérante.

En nous expliquant que malgré toute l’excellence de la stratégie définie par la Haute autorité de santé, véritable décideuse face à la covid, le dispositif allait s’accélérer, Jean Castex reconnaît que la pression (et le Président !) a bel et bien eu l’effet de bousculer le plan. C’est dit et n’en parlons plus : après tout, si les vaccins dont on nous vante l’impressionnante efficacité constituent, comme l’a souligné le même Premier ministre, la solution définitive à l’épidémie, mieux vaut vacciner à tout-va.

L’une des raisons, apparemment, qui dicte le piano politique, tient à la réticence aux vaccins dans ce pays, réticence toute récente articulée sur des épisodes peu glorieux que je rappelais hier. D’où cette valse-hésitation, cette prudence poussée qui exige le recueil du consentement jusqu’à l’obsession auprès de nos aîné·es, légitime sans doute, mais qui générerait, de l’aveu même des décideurs, un retard préjudiciable. Ce point réglé, et si les livraisons vaccinales suivent le rythme confirmé par la ministre Pannier-Runacher, 15 millions de Français·es seront vacciné·es, par l’un ou l’autre des cinq vaccins en lice (dont trois ne sont pas encore « validés ») d’ici à l’été. Impressionnant changement de braquet. Et promesse à tenir…

Autre affirmation inattendue : alors que, faute de chiffres officiels, les médias estimaient à 20 000 ou 25 000 les premier·ères vacciné·es, Premier ministre et ministre de la Santé avancent 45 000 piquouzé·es sorti·es de statistiques un peu floues au prétexte que les agences de santé sursollicitées n’ont pu encore transmettre les données au ministère.

Face à l’arrivée d’un variant « plus contagieux mais pas plus grave », dans l’espoir de l’efficacité de vaccins dont on ne sait pas même s’ils prémunissent contre la contagion l’entourage du vacciné-contaminé, l’État est désormais obligé de piloter à vue, à coups de « points » télévisés rapprochés. Le prochain, le 20 janvier, décidera ou non d’un 3e confinement que le Premier ministre n’a en rien écarté.

Est-il impossible que l’on entende enfin, de la part des élites qui nous gouvernent sans droit à l’erreur, que, c’est vrai, face à un virus mutant et sans solution toute tracée, elles font au mieux, ou le moins mal possible, quitte à adapter sans cesse la tactique face au vrai patron de l’affaire, le virus ?

Un discours de vérité qui nous éviterait, de la part du ministre de la Santé, d’avouer que nous ne sommes pas à quelques jours près. À quelques centaines de morts près ?

Olivier Magnan

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