Le vaccin de la foi ?

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Se faire vacciner relève du pari pascalien : soit il est efficace et tout va bien, soit il ne l’est pas et on vivra avec le virus…

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Mais pourquoi la France se prend-elle le tournant du vaccin dans les dents ?

On attendait la panacée, le monde entier se pique à l’espoir, les Britanniques se passent même du rappel – à tort ou à raison – pour étendre de quelques millions le quota de vacciné·es, en quête de cette promesse de l’« immunité collective », ultime eldorado. Estimée salvatrice à partir de 50 ou 60 % d’une population naturellement contaminée ou protégée par le vaccin, cette immunité collective est désormais l’alpha et l’omega de la victoire contre le virus, sans guère plus de certitude. On ne sait pas même si une personne infectée est immunisée ! Doit-on rappeler que la rougeole « reste la principale cause de décès par maladie à prévention vaccinale – 875 000 décès par an » (source : Plan d’élimination de la rougeole et de la rubéole congénitale en France).

Partout en Europe, on renchérit à coups de centaines, bientôt de millions de vacciné·es. En France, on se glorifie de quelques milliers de happy fews inoculés à l’ARN messager. Et encore, sous l’effet de la bronca de toute l’opposition, d’une partie de la majorité et d’une palanquée de scientifiques qui s’insurgent. Nous avons notre stratégie, notre chemin, commençaient à nous expliquer doctoralement Premier ministre et ministre de la Santé. Qui va piano va sano. Tu parles ! Remise en cause par tant de gens pressés, la doctrine de la lenteur est en train de voler en éclat.

Mais quel paradoxe au pays de la réticence vaccinale !

Même les « anti-vaccin » trouvent que la colossale inertie prudentielle de la Haute autorité de santé (entre autres « machins », comme aurait dit qui vous savez) est insupportable.

Que le vaccin Pfizer – et les autres à venir – soit efficace, on ne le sait que par protocoles d’essais interposés dont l’immense majorité des infectiologues n’ont pas eu connaissance. Or la grande crainte des scientifiques demeure : que des mutations du virus ne rendent le vaccin « inopérant ou dangereux ». « Mutations trop mineures », entonnent les « pro ». Qui ne se souviennent peut-être pas que plus de 300 000 mutations du Sars-Cov-2 ont été séquencées dans le monde.

En France, on n’est pas réticents simplement par bêtise, ou couardise, ou naïveté à l’écoute des « complots » anti-vaccins. Jusqu’à récemment, le pays de Pasteur ne se posait pas même la question : le vaccin était bel et bien une découverte fondamentale offerte à la France au monde entier. Trois phénomènes, depuis, alimentent la défiance : l’épidémie de H1N1 de 2009 à 2010 qui a mobilisé des centaines de millions d’euros pour 94 millions de doses de vaccin… inutilisées. On indemnise alors les labos qui avantageaient d’une façon ou d’une autre les conseillers de la ministre Roselyne Bachelot. On ne l’a pas oublié dans l’opinion. En naissent du reste ce que l’on nomme avec trop de dédain les « réseaux conspirationnistes », en vérité survivance parfois très documentée de ce scandale réel. Enfin un autre scandale, celui du Médiator, va enraciner la défiance à l’encontre du médicament, même s’il n’est pas un vaccin.

Cette fois, nous serinent les sachants sous l’aiguillon de l’espoir de la solution vaccinale, c’est du sérieux : le génie humain a parlé. Peut-être. Peut-être pas. L’heure est au pari pascalien. Blaise nous poussait à croire en Dieu sous forme de mise mentale au jeu de la foi : s’Il n’existe pas, vous n’avez rien à perdre à croire en Lui. Il faut à présent parier sur le Vaccin avec un grand V. Au pire, s’il n’est pas efficace, il ne vous tuera pas. On espère quand même que nous n’en sommes pas là, mais tout semble le montrer…

Olivier Magnan

3 Commentaires

  1. Je ne suis pas d’accord cher Olivier Magnan, avec votre analyse et notamment le rapprochement que vous faites entre le Médiator, médicament détourné qui a fait mourir des centaines de personnes tout en enrichissant les laboratoires Servier, et le vaccin, seule réponse actuelle contre un virus qui nous tyrannise. Le point commun que vous relevez est de l’ordre du scandale. Mon point de vue est différent et je me ferai vacciner dès que ce sera possible, pour des raisons personnelles, nationales et internationales.

    • Il ne s’agissait pas tant, Chère Aliette, de critiquer l’idée de se vacciner que d’expliquer pourquoi 58 % des Français·es n’y sont pas décidés. Parmi ces raisons, l’affaire du Médiator qui assimile certains médicaments à des dangers. J’ai bien précisé qu’il ne s’agit nullement d’un vaccin.

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