Le vaccin à ARN messager de Moderna pose une question existentielle

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Interviewé par Paris Match, Noubar Afeyan raconte la genèse du vaccin, descend en flèche son concurrent Pfizer mais ouvre aussi la boîte de Pandore.

 

Olivier Magnan, rédacteur en chef

L’histoire du vaccin Moderna est étonnante. Paris Match parmi les premiers nous en offre la version de son « inventeur », l’Américain d’origine arménienne Noubar Afeyan, ingénieur biochimiste. J’en tire quelques informations en remerciant mon confrère Olivier O’Mahony pour cet emprunt léger et respectueux à son interview.

Ce qui est fabuleux, au sens premier du mot, c’est que la technologie « révolutionnaire » du vaccin américain, l’ARN messager, remonte à une dizaine d’années. L’idée originale d’Afeyan : transformer les cellules en usines à médicament – et non injecter un vaccin censé étalonner le système immunitaire contre le virus indésirable. D’où le recours à cet acide ribonucléique, transporteur d’information, qu’il a fallu « équiper » pour que les cellules n’y voient pas un virus à éradiquer. Une petite kyrielle de spécialistes des cellules souches plus tard, Moderna tenait son « véhicule ». Nous étions en 2010. En 2011, les souris commençaient à produire la protéine voulue.

L’injection « française » dans la genèse du vaccin a pris la forme de Stéphane Bancel, alors patron du laboratoire français BioMérieux, expatrié à Boston. Les deux hommes se rencontrent. Bancel doute, mais l’idée révolutionnaire fait son chemin. Il rejoint le consortium d’Afeyan. C’est lui, qui, de Davos, raconte Noubar Afeyan, imagine soudain que la technologie de l’ARN messager pourrait s’appliquer à la covid. Sitôt connu le séquençage du virus livré par les Chinois, les sorciers de Moderna établissent le protocole en 42 jours…

Quelques mois plus tard et un milliard levé auprès des actionnaires (l’efficacité à l’américaine), la phase 3 livre ses conclusions : c’est concluant. Le peu ragoûtant mRNA-1273 attend une homologation qui ne fait plus guère de doute.

Pourtant, l’ARN messager de Pfizer BioNtech l’a devancé. Les Britanniques commencent à se l’injecter. Aucune importante pour Noubar Afeyan qui affecte de penser « qu’il y aura de la place pour tout le monde ». Sa bonhomie cache une perfidie : l’homme providentiel annonce négligemment un taux d’efficacité de 94,1 %, une protection durable (120 jours) supérieure à celle de son concurrent et surtout glisse gentiment que « son » vaccin se conserve à -20° contre les acrobatiques -70° de Pfizer, qu’il s’injecte directement sans dilution quand celui de l’autre américain l’exige, avec, dit Afeyan, « un risque d’erreur… ». Et vlan, voilà Pfizer habillé pour l’hiver. Quant aux effets secondaires redoutés, il les balaie : « Sur les 30 000 patients testés, nous n’avons pas observé d’effets secondaires sévères. »

Reste à savoir – et on ne le saura que lorsque le Moderna aura pénétré des milliards de cellules – si l’ARN messager, traité de « thérapie génique » par l’infectiologue (très) critique Christian Perronne, déjà cité, si cet ARN, donc, après avoir produit l’automédicament contre le Sars-CoV-2, ne s’invitera pas dans le génome desdites cellules pour leur dicter sa loi, qui ne serait pas vraiment la seule éradication du virus.

Là, un débat gronde entre spécialistes que nous autres, vacciné·es ou pas, ne saurions trancher. Pour les pro-vaccins, jamais l’ARN ne pénétrera le noyau des cellules car seul l’ADN en possède la capacité. Pour Perronne et les anti-vaccins à ARN, une enzyme risque de transcrire l’ARN en ADN, condition pour pénétrer le noyau cellulaire. Probabilité quasi nulle, répliquent les tenants de l’impossibilité de voir cet ARN s’inviter dans notre génétique. Et selon eux, quand bien même, les effets n’en seraient pas sensibles…

On en accepte l’augure. Sauf que la nature nous démontre tous les jours qu’elle se moque un peu des règles que l’on croit en tirer et réfute régulièrement nos certitudes transitoires.

Pour se tirer de ce mauvais pas de l’épidémie, l’humain commence à trafiquer sa génétique. Les abeilles et d’autres espèces savent à quel point les OGM réputés indolores leur furent propices…

Olivier Magnan

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