Incroyable, l’Europe malade nous « envie »

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Frappés de plein fouet par la 2e vague, nos voisins lorgnent sur nos chiffres apparemment moins catastrophiques que les leurs. Piètre consolation.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Peut-on se satisfaire de « s’en sortir mieux que certains voisins », comme titre le dernier JDD, lancé dans une petite comparaison avec d’autres pays européens ?

Disons que dans le grand maussade Noël 2020, c’est au moins un minuscule soulagement que de se dire que la gestion de l’épidémie, en dépit de toutes les critiques que l’on est en droit d’adresser à nos politiques et nos scientifiques, n’est guère plus dénonçable ici que là-bas.

De là à s’en faire un motif de crânerie comme le tente assez maladroitement Jean Castex… « C’est probablement en France que la situation a le mieux évolué depuis six semaines. » « C’est en France que l’épidémie est aujourd’hui la mieux maîtrisée par rapport à nos voisins européens. » C’est sans doute vrai, peut-être vrai, mais c’est l’Hôpital parisien qui se moque de la Charité espagnole, et pour un Premier ministre, c’est pour le moins puéril. Les « Mon papa est plus riche que le tien », on ne s’en amuse que dans les cours de récré.

L’argument évoque au surplus l’antienne du Président qui ne manque jamais de rappeler que si nous sommes confinés-reconfinés-déconfinés, ce n’est pas mieux en Europe.

Au moins, sans nous réjouir des vagues qui frappent nos voisins, peut-on s’estimer heureux d’échapper au pire : l’Espagne et la Belgique ploient sous la déferlante depuis octobre, l’Allemagne, la Suisse ou l’Italie – le plus grand nombre de décès attribués à la covid, soit 64 036, rang tristement tenu jusqu’alors par la Grande-Bretagne – sont rattrapées par la pleine expression du virus. À l’Est, du nouveau, et pas du beau : l’automne y est dévastateur.

On voudrait croire que le confinement plus ou moins strict décrété jusqu’au 15 décembre par la France (les restaurants, les bars, les cinémas, les théâtres en « s(b)avent » quelque chose) soit la raison du taux d’incidence (107 cas pour 100 000 habitants) relativement plus faible qu’ailleurs. D’après le JDD, le ministre allemand de l’Économie a même parlé de « succès impressionnants » à propos de nos « résultats ». Ne jouons pas sur ces bonneteaux du plus et du moins : en Auvergne-Rhône-Alpes comme en Bourgogne-Franche-Comté, le taux vaut bien ceux de l’étranger. Dans le Doubs, on affiche 240 pour 100 000 habitants.

Non, hélas, le virus n’est guère plus « maîtrisé » de ce côté des Pyrénées. Il faudrait, on le sait, tester deux fois toute la population et « accompagner » (manu militari ?) les détecté·es positif·ves dans leur confinement strict. Rigoureusement impossible.

Au moment où des manifestations « corporatistes » commencent à envahir des rues de métropoles au risque des clusters, il est rageant de se dire que la fermeture des sacrifiés de la covid – à commencer par les stations de ski – n’est pas tant due au risque des foules sur place (on sait désormais gérer des flux et des distanciations physiques) qu’aux voyages d’approches par les transports en commun (métro, RER, trains et avions, c’est vrai aussi pour les spectacles, paraît-il). Moralité, l’on aurait plus le droit de se faire contaminer pour aller travailler, mais pas quand il s’agit de profiter de ses loisirs ? Voilà qui ouvre à débats tendus. Comme l’affichait un panonceau de manifestante fan de Kaamelott : « On en a gros »…

Olivier Magnan

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