Quand les scientifiques gouvernent…

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« Ce sont tous des ignorants. C’est du poumon que vous êtes malade… » Molière, le Malade imaginaire.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Alors voyons… Le déconfinement ne devait se décider que si et seulement si pas plus de 5 000 nouveaux cas de contamination n’étaient constatés le 15 décembre. Quand Jean Castex, M. Mauvaisesnouvellesmitigées, vient donner la règle jeudi 10 décembre, on en est à plus de 10 000. Il confirme pourtant bien le déconfinement. On imagine sans mal les propos échangés au Conseil de défense ou dans les bureaux élyséens, même si je les caricature un peu : – On ne peut pas ne pas déconfiner – Mais vous avez dit si pas plus de 5 000… – Je sais, le Conseil scientifique me l’avait confirmé, c’était sûr, mais je ne tiens pas à assommer “meschercompatriotes” un peu plus. On va avoir des manifs dures si ça continue… – Mais on ne peut non plus prendre le risque d’une relance de l’épidémie. – Alors voilà ce qu’on va faire… On va déconfiner mais strictement : en ne rouvrant pas les établissements qui reçoivent du public, les cinémas, les théâtres, les musées, les casinos, les zoos. Dites trois semaines, ça nous fait passer les fêtes. – Roselyne va râler. – Ce n’est que la culture, c’est accessoire. Ah, et dites bien “si et seulement si la situation s’améliore”, mais sans donner de chiffre…

M. Mauvaisenouvellesmitigées endosse la panoplie du on peut-on peut pas. Plus d’attestation (au fait, plus guère de policiers ne les contrôlent plus déjà…), mais un couvre-feu avancé à 20 heures et non 21 heures, jusqu’à 6 heures du matin. Après 20 heures et avant 6, retour de l’attestation pour les trajets domicile-travail ou le pipi du chien à 5 heures. Si je coche « balade hygiénique » ? Ah mais non, puisque je peux jogger dans la journée…

Retour dans les alcôves feutrées : – Et pour les fêtes, on gère comment ? – Un réveillon, c’est mortel. Voyez les cousins : leur Thanksgiving a été une catastrophe. – Noël et le jour de l’An, vous êtes sûr ? – Vous nous voyez tirer des feux d’artifice autour de la Tour Eiffel ? Laisser descendre les fêtards dans les rues ? Non, c’est exclu, on aurait l’air de quoi ? – Mais Noël, c’est sacré, la famille, tout ça… – Oui, ça, c’est difficile. Écoutez, on n’a qu’à dire “C’est bon pour Noël, vous pourrez sortir, mais faites attention, le Père Noël est masqué, ses rennes aussi”. – J’ai une idée, je dirai : « Noël occupe une place à part. C’est un moment où se forgent les premiers grands souvenirs des tout-petits*. » – (soupir)…
*Verbatim Premier ministre le 10 décembre.

Ça ne devait pas se passer comme ça. Les scientifiques l’avaient dit : la courbe chute. On ne sait pas pourquoi, mais vous pouvez y aller, annoncez 5 000 cas, ça le fera… Emmanuel Macron aurait dû se méfier. À force de laisser gouverner le pays par le Conseil dit scientifique, il ne peut plus croire que dur comme fer à leur diagnostic. Erreur funeste. Le Président va comprendre peu à peu que lesdits scientifiques ne savent pas grand-chose depuis le début et que leur « hardiesse » repose sur les dernières statistiques que le virus dément à son gré. Ni confinement ni couvre-feu n’expliquaient cette courbe descendante. Mais c’est bien sûr, c’est le cycle naturel du virus, elle devait donc continuer à dégringoler. Alors pourquoi 14 000 cas le 10 quand on en comptait 12 000 une semaine avant ? Tests ? Les antigéniques ne sont pas comptabilisés. Déclarations de morts covid abusives (le personnel soignant commence à parler : on cocherait « mort covid » même des cas qui n’en relèveraient pas pour toucher la prime, vrai, pas vrai…) ? Olivier Véran patauge, comme ses confrères·sœurs : il parle de « relâchement collectif », de « relâchement des mesures », de « réouverture des commerces », du « facteur climatique »… Bref, il n’en sait rien. Et c’est sur ce rien que tout le pays se fracasse. Avec cette « consolation » : c’est apparemment la même chose ailleurs en Europe.

Mais on va avoir les vaccins ! Les scientifiques disent qu’ils sont fiables à 95 %. Heu, non, ce sont les labos producteurs des vaccins qui le disent. Et nos infectiologues valident à longueur d’interviews…
– M. le Président, le Conseil scientifique dit que les vaccins sont fiables. – (soupir).

Olivier Magnan

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