Quand la parole d’en haut se divise, lorsque le consensus s’abîme… vous doutez.

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Geoffrey Wetzel,
journaliste à la rédaction

Le ralentissement de la pandémie covid-19 s’essouffle. Notre soumission à l’autorité aussi. « Nous sommes en guerre », martelait le Président de la République lors de l’annonce du premier confinement. Drôle de guerre mais guerre tout de même qui a d’emblée placé le seuil de « l’exceptionnel » très haut. Et qui a conduit les Français·es à rechigner sur leurs droits fondamentaux au bénéfice de la collectivité. Mais quand la parole d’en haut se divise, lorsque le consensus s’abîme, vous doutez.

Dans un article de The Conversation, Gilles Paché, professeur des universités, revient sur l’analogie entre l’expérience de Milgram et la crise Sars-CoV-2. Souvenez-vous de ce chercheur en psychologie sociale de Yale qui a voulu comprendre jusqu’à quel point un individu lambda peut se soumettre à l’autorité. L’expérience tentait de montrer les raisons de l’acceptation de l’obéissance, des ordres en l’occurrence extrêmes : accepter de procurer des décharges électriques à un individu test.

Résultat, le recours à Milgram aide à comprendre que le délitement progressif d’une autorité au départ uniforme a des conséquences sur notre capacité à obéir ou non. Or, c’est bien l’émergence d’un dissensus scientifique – et notamment sur la gestion de crise et les bienfaits du reconfinement – qui rompt notre certitude à obéir pour le bien de toutes et tous. La multiplication de discours antagonistes aux recommandations de l’exécutif. De l’anesthésiste Louis Fouché (« Vous êtes ni des cobayes ni des jouets du gouvernement. Bien sûr que non, il ne faut pas vous faire vacciner », lâche-t-il alors que les campagnes de vaccination se préparent), au professeur Perronne qui, dans un courrier, assume de passer pour « complotiste ou plutôt rassuriste » et se félicite de « challenger la pensée unique », en passant par le microbiologiste Raoult, symbole de l’esclandre provoqué par l’hydroxychlroroquine. Sur quel pied danser ?

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, les objectifs du reconfinement battent de l’aile. Ne pas dépasser la barre des 5 000 contaminations par jour. Ne pas excéder les 3 000 patient·es en réanimation. L’horizon approche et le contrat n’est pas rempli, et ne le sera probablement pas d’ici au 15 décembre, a reconnu le ministre de la Santé, Olivier Véran.

Plus le temps passera, plus la lassitude à respecter ce qui doit être fait dans une situation exceptionnelle s’intensifiera. C’est le propre de l’exceptionnel, il ne doit pas et ne peut durer. Malgré la pandémie, les commerçant·es, et encore plus qu’au premier confinement, n’approuvent pas les fermetures de leur activité jugée « non essentielle ». Malgré la pandémie, les parents ne trouvent plus supportables de faire école à domicile. Malgré la pandémie, les fêtes de fin d’année se tiendront – peut-être pas de la même façon -, mais ne laisseront pas la crise les devancer. On ne s’accoutume pas à l’angoisse mais à la peur, or c’est la seconde qui caractérise la situation actuelle, les secrets de ce virus tendent peu à peu à être percés.

Le pays a besoin de retrouver sa liberté. Les mesures imposées par le gouvernement, telles qu’elles soient, se révèlent de plus en plus contestées par ses citoyen·nes. L’État aurait tout intérêt à calmer le jeu plutôt qu’à user d’injonctions liberticides. Contraires à notre démocratie.

Geoffrey Wetzel

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