Fermer les risques de clusters puis fermer par crainte de concurrence déloyale : la logique de l’incohérence

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Les Français·es ont besoin d’ouvertures et de sports d’hiver !

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Le gros écueil des choix français de lutte contre l’épidémie tient à leur logique négative : fermer, enfermer, rouvrir sous conditions, se contredire et finir par interdire pour éviter la concurrence…

L’exécutif français a opté pour ce réflexe de l’empilement des interdits qui ferment, non pas par précaution sanitaire, mais au nom du risque de concurrence déloyale : quand on a fermé les librairies, on a mis sous bandes adhésives les rayons livres des grandes surfaces. Idem pour les autres commerces plus ou moins protégés dans leur descente aux enfers par l’occultation des gondoles. Avec cette marge d’incertitude qui a contribué au sentiment de grande incohérence : pas de livres, mais de l’alcool en vente libre. Pas de livres, sauf chez les vendeurs de presse. Pas de sport, mais le tabac à foison. Des allées de grandes surfaces occultées, mais l’accès aux plates-formes en ligne. Une logique compliquée et anxiogène des fermetures sanitaires et des fermetures par compensation que d’autres pays européens n’ont pas adoptée. En Espagne, notamment, les grandes surfaces n’ont pas eu à enrubanner leurs rayons non alimentaires.

Côté déplacements hors de France, seuls les voyages dits « impérieux » maintiennent quelques avions en l’air et gardent actives les grandes lignes transfrontalières ferroviaires. Or skier n’est pas un besoin impérieux.

Aujourd’hui, fermer les remontées mécaniques – donc le ski loisir en général – implique, selon cette logique complexe de la non-concurrence, d’interdire aux privilégié·es de la jet set – mais pas seulement, une certaine classe moyenne dispose des moyens de s’offrir une petite semaine de station ouverte à l’étranger – de quitter la France pour filer vers les stations suisses, entre autres. Comment ? Par des contrôles dits aléatoires, autrement dit rien. Même les plus arrogants des amateurs fortunés de virée à l’étranger dans les stations au domaine skiable accessible sauront louer sur place leur équipement…

Autre défaut de logique : rouvrir les commerces mais pas les restaurants. Puis les restaurants mais pas les bars. Nos scientifiques flippés font trop peur au gouvernement tétanisé pour que les Français·es indiscipliné·es soient considéré·es comme des gens raisonnables. Pourquoi cette défiance à l’encontre des restaurants ? Une étude américaine l’explique : les contaminé·es ont fréquenté 2,4 fois de plus que les autres les restaurants où l’on mange sans masque. Au Japon, 13 % des foyers de contagion sont liés à des bars ou des restaurants. En France, pourtant, où quelques centaines de restaurants de routiers sont autorisés à servir leurs clients à table, les chauffeurs sympas se côtoient coude à coude : pas de cluster relevé. Peut-être aurait-il mieux valu laisser les restaurants ouverts aux testé·es négatif·ves, bien plus nombreux que les contaminé·es. Mais les campagnes de tests ont été mal organisées…

Et désormais, côté sports d’hiver, c’est le Président de la République lui-même qui endosse l’interdit de skier. Il n’aura pas de fusible pour se fustiger lui-même si d’aventure il est montré – notamment quand, en Europe, les remontées fonctionnent, comme en Suisse – que la mesure était vaine.

Si jamais le déploiement vaccinal devait, à son tour, connaître les aléas d’organisation et d’approvisionnement qui nous sont coutumiers, Emmanuel Macron aura épuisé tout crédit politique.

L’ennui, c’est qu’aucun prétendant·e ne semble de taille à se montrer plus clairvoyant dans le brouillard viral. À l’évidence, la stratégie de fermeture non différenciée n’est pas la bonne.

En existe-t-il une autre ? Sans doute.

Par exemple, admettre que la chute vertigineuse de la pandémie est liée au virus et ses secrets et non à nos mesures incohérentes. Quand nous pourrons tirer le bilan définitif de la mésaventure, il sera temps de nous préparer à la vague suivante. Si possible vaccinés contre l’incohérence.

Olivier Magnan

 

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