Mieux vaut Raoult que la peur

Temps de lecture constaté 2’50

Dans Mieux vaut guérir que prédire, le barbu professeur nous donne une leçon de journalisme. Et de relativisme.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Qu’on le veuille ou non, qu’il exaspère ou enthousiasme, le professeur Raoult, le fameux professeur Raoult, ne quitte ni nos écrans ni nos consciences : cet empêcheur de paniquer en rond irrite autant qu’il convainc. L’astucieux éditeur Michel Lafon, auquel il reste fidèle depuis trois livres, trouve dans sa signature une mine de profit qu’il serait bête de ne pas exploiter. Un éditeur de livres vise la plus grande diffusion possible. En l’occurrence, la notoriété de son auteur et la controverse qu’il suscite constituent deux promesses de ventes replètes auprès d’un public que l’infectiologue fascine.

Le petit opuscule qui vient de paraître, Mieux vaut guérir que prédire, est le condensé des tribunes que le savant journaliste a publiées dans Le Point au fil des années. Autant en dire la couleur : ce sont autant de petits bijoux de précision scientifique et de chroniques d’idées. Car la blouse blanche, qui sait s’exprimer avec tant de véhémence, sait aussi écrire d’un clavier d’éditorialiste inspiré. Mais c’est sa préface que je goûte par-dessus tout, car elle dévoile un savoir-faire du personnage qui n’est pas souvent cité par mes confrères·sœurs : le médecin est bel et bien journaliste. Il a été le rédacteur en chef de nombre de revues scientifiques et ce touche-à-tout a même, en entrepreneur avisé, complètement restructuré l’école de journalisme de Marseille alors en décrépitude (il était président de l’université de Méditerranée). Didier Raoult dit en quelques mots de sa préface qu’il a trouvé des locaux, renouvelé le personnel enseignant, créé des enseignements spécifiques de sciences et journalisme et de santé et journalisme. Autant de spécialités journalistiques dont les médias ont autant besoin que de la fameuse filière justice-police dont on voit les spécialistes sur chaque plateau désormais et dans chaque rédaction.

L’astucieux professeur glisse dans cette même préface quelques perles de rédacteurs en chef patentés auxquels il eut affaire. Avec son insouciance habituelle du tact professionnel, il nous raconte la repartie de celui du Provençal, ancêtre de La Provence, plus soucieux de vendre 25 % de plus d’exemplaires en titrant sur une victoire de l’OM que d’exactitude de l’information. Ou cet autre confrère devant lequel il s’étonnait qu’un journal puisse publier une information donnée et son contraire le lendemain lui expliquer qu’un journal, comme son nom l’indique, exprime « la vérité du jour ». On imagine ce que de telles « sottises » journalistiques (car c’en sont) ont pu inspirer à celui qui voit aujourd’hui son nom et ses positions chahutées d’un journal à l’autre, d’un JT à l’autre.

Le reste de l’ouvrage est à l’image du bonhomme aux cheveux longs : chaque chronique, précise, chiffrée, exemple de clarté et d’ironie maîtrisée finit de me convaincre que cet homme décrié, tout arrogant ou emporté fût-il, veut nous faire du bien. Combattre nos peurs, dénoncer les hérésies politiques et les mandarinades de la santé. Que nombre de ses chroniques soient une ode à sa ville de Marseille n’étonnera que les Parisien·nes. Elles ajoutent à la qualité de Didier Raoult : il est un homme de terroir que les carrières gangrenées par l’ambition personnelle n’ont pas attiré. Cet impossible ministre de la Santé est bien plus à sa place de praticien et d’écrivain. Sa page sur les vaccins : on conserve des obligatoires inutiles (polyo, BCG), mais l’on glose sur les nécessaires (papillomavirus, méningites). Pas un mot encore sur les vaccins anticovid. Nul doute que le gêneur redira à quel point il doute que ces miracles absolus que nous promettent les labos en un temps record ne constituent la panacée. Mais il faut bien que les journaux se vendent…

Olivier Magnan

1 COMMENTAIRE

  1. Que les journaux se vendent !
    Les journalistes honnissent et conspuent
    Que ceux qui savent ou pas imposent…
    Cachons-nous derrière notre masque pour ne pas faire voir notre affliction.

Répondre

Saisissez votre commentaire
Saisissez votre nom ici

J’accepte les conditions et la politique de confidentialité

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.