On ne nous refera pas le coup du « non essentiel » !

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Emmanuel Macron est tenu de rouvrir les commerces. Légèrement forcé.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Il n’était pas possible de reconfiner comme l’on avait confiné. C’est là l’erreur de vue de l’exécutif, abonné aux décisions centralisées, présidentielles, bottom down, comme disent les censeurs du marketing, du haut vers le bas. Aux mesures radicales. Il était vital pour le pays que les représentants des commerçants, individuels comme franchisés, se concertent avec l’Élysée ou Matignon, comme l’on veut, mais il ne fallait pas fermer, unilatéralement, sous le vocable de « non essentiel », hérésie linguistique, des commerces qui ne donnaient pas à boire, à manger, à fumer, à lire le journal. Des jouets à Noël ? Indispensable. Des livres en période de confinement ? Vital. Mais vêtements, sports, coiffeurs, beauté, douceurs, sans parler des déménageurs, des restaurateurs ou de l’immobilier, tout est essentiel dans nos vies de consommateurs·trices, à moins que l’on ne change nos modes d’existence.

Sous réserve d’un protocole bien compris, il n’est pas possible que des client·es informé·es se contaminent davantage dans une librairie ou chez un fleuriste que dans une boulangerie, chez un caviste ou une grande surface (il est du reste curieux que sitôt promulgué, ce confinement bâtard, avec ses incohérences et ses exceptions, aboutisse aussi vite à une inflexion soudaine de la courbe des contaminations, presque plus vite qu’en mars…).  Cette erreur, cette faute, sans doute, tout le pays va la payer cash. À commencer par les commerces quels qu’ils soient.

Mais la France dispose d’un atout : elle est l’un des grands leaders européens du commerce associé, couramment nommé franchise. Or ce système très répandu et dupliqué (quoique méconnu du grand public) qui veut qu’un commerçant, dit franchisé·e, investisse dans une marque établie, procure à l’adhérent-entrepreneur la force d’un réseau, d’une notoriété, d’une zone de chalandise protégée. Des réseaux de la sorte se compte par milliers désormais. Cette force, que toutes les fédérations commerçantes, franchisées ou non, ont uni pour contester la politique du « non essentiel » de nos technocrates. Car même si la franchise a limité les dégâts, tous les franchisés ne s’en sortiront pas.

Au positif du bilan, pourtant, cette belle union a sans doute forcé quelque peu la main du gouvernement. Quand le président va annoncer, ce soir, comment et dans quelles conditions, il va redonner vie aux commerces, il passera sous silence sans doute le sursaut désespéré de tous ces commerçants condamnés à disparaître, aidés ou pas. Ce sont pourtant bien les appels, les lettres ouvertes, les réunions des fédérations et les coups de fil d’un François Asselin (CPME) ou d’un Roux de Bézieux (Medef) qui auront convaincu nos énarques qu’une boutique ne peut survivre à deux confinements aussi aveuglément décrétés.

Au passage, celui auquel on prête des ambitions présidentielles, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, aura joué la bonne carte : en arguant de l’impérieuse nécessité de redonner leurs clients aux commerces, il a pris l’ascendant. Pour peu qu’il convainque les tenants du confinement du « non essentiel » que les restaurants ne sont pas plus des clusters que les grandes surfaces ou les vendeurs d’alcool, nous aurons redonné à un pays en attente du vaccin miracle le moral des rescapés.

Olivier Magnan

1 COMMENTAIRE

  1. Bien sûr beaucoup d’incohérences ! de précipitations! Choisir entre les morts et et les sous…
    Pandémie terminée ? je ne sais pas compte tenu qu’il faut laissé toutes libertés aux citoyens!
    Peut-être serait-il préférable de vivre (non erreur, pas de vivre!) dans un certain pays d’ ASIE que je ne nomme pas? Ou bien d’être trump’iste ?
    Ya ka ! Y’avait ka ! facile ! facile

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