Une épidémie d’agences bureaucratiques ?

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À l’aune du nombre des entités dédiées à la santé en France, nous devrions faire mieux que Taïwan…

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Sommes-nous un pays handicapé par sa bureaucratie et sa technostructure ? Confiné par trop d’administration ? Depuis le début de la pandémie, tout semble le montrer : un technocrate a décidé de ne plus maintenir de stock de masques et le Premier ministre de l’époque avoue le découvrir. Des pharmaciens produisent fissa des gels simples et efficaces, mais des services de l’État commandent des produits apparemment insuffisamment formulés à l’étranger. Nous avons besoin de tests, mais il faut les faire venir de Chine. Ces tests fonctionnent avec des réactifs à importer, nous n’en produisons pas. Demain, il nous faudra des congélateurs à vaccins, mais nous ne produisons plus le moindre électroménager en France (l’Allemagne, elle, dispose d’un parc de ces appareils, made in Deutschland).

Heureusement, des entités de santé prestigieuses en nombre inégalé ailleurs en Europe, ont été instituées pour protéger nos santés : un ministère de la Santé (et des Solidarités),
une Direction générale de la santé,
une Direction générale de l’offre de soins,
une Direction générale de l’action sociale,
une Inspection générale des affaires sociales,
une Haute autorité de santé,
une Agence nationale de l’évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux (Anesm),
des institutions décentralisées,
un Institut de veille sanitaire (InVS), chargé d’assurer des missions de veille, d’épidémiologie, d’alerte et de conseil des pouvoirs publics en cas de menace ou de crise sanitaire (sic) que l’on n’a pratiquement jamais entendu dans les médias,
une Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM),
une Agence de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset), une Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa),
un Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire,
un Comité national de la sécurité sanitaire,
une Commission nationale de matériovigilance,
un Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes),
et le etc. de rigueur en dit long sur l’appareil exceptionnel dont s’enorgueillit notre pays aujourd’hui l’un des plus touchés dans le monde par le Sars-CoV-2.

Avant la covid, ce pays est frappé par l’épidémie de l’inefficacité bureaucratique, au sein même de l’administration du gouvernement.

Le dernier numéro d’Envoyé spécial mené par la journaliste Lucet, diffusé le 19 novembre, nous montre des gens testés attendre plus de six jours (souvent plus) des résultats alors sans utilité. Il a fallu un mois entier, apprend-on, avant que les labos privés ne soient autorisés à pratiquer des tests, mais faute de réactifs que l’on achète en Chine, en Corée et au Japon, des robots d’analyse à 300 000 euros pièce restent inutilisés. On apprend de la bouche du laboratoire vétérinaire BioSellal de Lyon que les tests qu’il produit en grande quantité pour les troupeaux de bovins s’adaptent facilement aux troupeaux humains : il lui a fallu 4 mois pour que l’Institut Pasteur ne valide son offre de service.

L’Assurance maladie négocie au téléphone, à la va-vite, un tarif de 73,50 euros le test qu’elle va rembourser à 100 % : c’est 30 euros en Espagne, 39,40 en Allemagne.

Le salut semble provenir des tests antigéniques que l’on obtient en 10 minutes après un coup d’écouvillon dans le nez : dommage que les petits testeurs de plastique viennent tous de Corée du Sud.

Le test salivaire mis au point par Franck Molina du CNRS, encore plus rapide, ne sera homologable qu’en 2021.

Et souvenons-nous de Xenothera, la biotech nantaise, toujours freinée dans sa course à l’homologation quand ses anticorps polyclonaux montrent une efficacité au moins comparable aux 95 % revendiqués sans contrôle par les champions du monde des vaccins (qui, au fond, seront testés par des millions de cobayes humains…).

À chacune de ces contreperformances hexagonales, les autorités interrogées répondent par le souverain bien de la sécurité : il faut laisser des milliers de Français·es mourir pour être sûr que le moindre traitement sera efficace… pour les autres.

La vérité est ailleurs : une technostructure bureaucratique retarde les autorisations, les décrets, ignore les innovateurs, oublie les urgences, n’anticipe pas les besoins. À ce point de freinages endémiques, l’exécutif est coupable.

À Taïwan, 23,5 millions d’habitants, État cinq fois plus dense que la France : 7 morts. Relisez : 7, depuis janvier 2020. Sans confinement. Sans attestations de déplacement. Sans fermetures d’écoles ni de restaurants. Mais avec une ministre du Numérique, Audrey Tang (née homme), dont les outils de traçage se révèlent autrement efficaces que notre Touscontrelacovid et un gouvernement qui, dès décembre 2019, promulgue le port du masque, le double test en provenance du voisin chinois Wuhan, assez de tests et de réactifs, le tester-isoler immédiat et la sanction à l’asiatique, 30 000 euros et de la prison ferme pour les contrevenant·es. Certes, de quoi horrifier les tenants de nos libertés, mais que sont-elles, aujourd’hui, en France, nos libertés ? Organiser des soirées privées irresponsables… à 135 euros d’amende par tête de pipe repérée ?

Quelque chose ne fonctionne pas en France (en Grande-Bretagne, en Suède, en Italie, en Espagne, en Belgique, aux Pays-Bas guère davantage où le taux de surmortalité atteint des sommets, il faudra en analyser les raisons). Une certaine idée de l’empilement bureaucratique… Pas sûr que l’après-covid ne le jette à bas.

Olivier Magnan

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