Le doute

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La maladie progresse, sournoise, destructrice, vectrice de conflits. La covid ? Non. Le soupçon, la crainte, l’erreur. Au pays d’Astérix, c’est désormais la zizanie.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Premier confinement, rues désertes, gens disciplinés, organisation à la hussarde, relais économique rassurant, perspective de se débarrasser de l’épidémie comme y étaient parvenus les Chinois, arrivée du printemps, chute des contaminations, promesse du président de la République que nous serions prêts en cas de deuxième vague, affaire classée.

29 octobre, minuit, le pays – comme d’autres en Europe à des degrés variés – se prend le re/nouveau confinement comme une claque monstrueuse. Cette fois, les commerces fermés désespèrent. Les entreprises peu partantes pour le télétravail gèrent à moitié leurs effectifs hésitants. La circulation dans les rues reste grosso modo la même. Les hôpitaux jettent l’alerte saturation. Les médecins se contredisent. Les politiques s’affolent. Le Premier ministre est livré en pâture et à l’opinion et à ses propres pairs politiques. Les déficits prennent des allures de gouffre. Le terrorisme ensanglante au couteau. On entre dans l’hiver.

Pourtant, taux de mortalité covid : 0,05 %. À Marseille surconfiné, entre autres, l’espérance de vie ne bouge pas d’un iota.

Le doute s’installe.

Cette fois, sur les plateaux, le ton change. On s’alpague, on se traite de complotiste. Les médecins se succèdent qui se contredisent. L’info continue, telle un trou noir, aspire chiffres, témoignages, micros-trottoirs, recrache de la peur, des hôpitaux saturés, des contaminations exponentielles, certains commerçants et restaurateurs dégradés en « non essentiels » se rebiffent, des appels à la désobéissance civile s’enchaînent. Le ministre de la Santé crie aux contestataires de sortir de l’Assemblée. Le chômage explose.

Le doute progresse.

La clique des chefs de service alarmistes qui se succèdent sur les plateaux (tudieu, ils·elles ont du temps pour ça quand leurs services sont débordés ?) se heurte aux « rassuristes ». Parmi lesquels le jeune docteur Louis Fouché, instigateur du collectif Reinfo Covid, anesthésiste-réanimateur à la Conception de Marseille qui n’hésite pas à essuyer les mises en garde de la direction de son hôpital pour clamer qu’avec son collectif il « cherche à sortir les gens de la peur, à éclairer les enjeux autour de la crise sanitaire et à rouvrir l’espace du débat démocratique et scientifique qui est complètement confisqué et verrouillé ». Il s’insurge contre le traitement « à l’américaine » en France qui ne voit plus que par l’IA et le big data quand ses confrères·sœurs s’en tiennent à des approches pragmatiques, réalistes, humaines, loin des grandes peurs non fondées.

Didier Raoult, dont on a si bien gâché le discours sous prétexte que l’arrogant professeur n’avait pas vu venir la 2e vague (alors qu’il s’était contenté de dire qu’on ne connaissait pas de deuxième vague avec ce type de virus, nuance), revient plus épisodiquement sur les talk-shows armé d’un diagnostic audible : l’épidémie doit ressortir du régalien, autrement dit, en France comme en Europe, il aurait fallu – mais mieux vaut tard que jamais – mettre en place, à l’image des instituts de recherche contre le cancer, contre les maladies génétiques, des IHU comparables au sien (après tout, à Marseille, le taux de mortalité fait partie des plus faibles), 5 ou 6 en France. Dans ces centres, la multidisciplinarité fait merveille, les tests sont bouclés en quelques heures, les malades prévenus s’isolent… Le tout face, opine Raoult, à un virus recombinant (non pas mutant) qui se joue des vaccins, mais qui, pris à temps, n’offre guère plus de complications qu’une grippe, on y revient.

Le doute, toujours.

Et la certitude que la fameuse hydroxychloroquine associée à deux autres médicaments, sauve plus que jamais, là où elle est prescrite.

La France et une partie de l’Europe se sont-elles trompées de stratégie ?

Eh bien, sans… doute.

Olivier Magnan

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