M. Hollande, anticipateur

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 « Le rôle de l’État n’est pas de nous dicter notre conduite mais de nous donner toutes les informations nous permettant d’anticiper. » FH

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Un ancien président de la République « devrait-il dire ça » ? En brocardant le titre du livre-confessions de François Hollande paru en 2016 – l’année même où un autre président, américain, lui, allait commencer à twitter ce qu’il ne devait pas même penser –, je me pose la question ingénue du droit moral d’un « ex » à critiquer la politique de son successeur. Et j’y réponds dans la foulée : heureusement que oui ! Quand François Hollande, donc, s’exprime sur un plateau télé/radio ou exprime son opinion chez Elle, il délivre la vision de quelqu’un qui, plus que des journalistes, des analystes ou des philosophes, a été confronté à la fameuse solitude de ce pouvoir élyséen. Son propos est donc le bienvenu. Las…

Dans son interview dans Elle du 6 novembre, le bon François entonne le ton de Mme Michu : le déconfinement, dit-il, « a été mené trop rapidement cet été », d’où « la solution d’aujourd’hui ». Forcément, mes consœurs·frères y vont de leur « qu’auriez-vous fait ? » Ce à quoi FH répond qu’il n’aurait pas ouvert les universités en septembre et incité davantage au télétravail. Il ajoute poliment : « C’est toujours facile d’avoir raison rétrospectivement. » Un aplomb du tonnerre puisqu’il part du principe que les deux mesures en question auraient suffi à éviter le reconfinement. La maxime d’après devrait entrer dans les manuels de haute politique : « Le rôle de l’État n’est pas de nous dicter notre conduite mais de nous donner toutes les informations nous permettant d’anticiper. »

Entendu 5 sur 5 Monsieur l’ex. Je propose de changer l’attestation dérogatoire :

Comme le gouvernement m’a informé des risques que je prenais et faisais courir, j’anticipe en partant une heure plus tôt de façon à aller plus vite que le virus qui se lève tard. J’anticipe en commandant 3 tonnes de pommes de terre, 10 recharges d’imprimantes et une camionnette de papier hygiénique (choses vues). J’anticipe en allant me faire vacciner en Chine ou en Russie, après avoir acheté un faux certificat négatif au virus pour anticiper le contrôle aux frontières. Ou j’anticipe en ne portant plus de masque puisque le gouvernement m’a informé que l’épidémie allait bien disparaître un jour.

Anticiper ? Mais que l’État dote le système de santé de moyens proportionnés aux épidémies à venir qu’il anticipe. Qu’il finance les essais prometteurs de la biotech Xenothera qui annonce, comme Pfizer, une efficacité à 90 % de ses anticorps. Et qu’il investisse dans un système sûr de divination pour nous informer de tout ce qui risque de nous tomber sur la tête pour que l’on anticipe. Gouverner, c’est prévoir. Prévoir que le citoyen anticipera – un préavis d’un mois pour que les restaurateurs organisent leur hibernation et que les commerces « non essentiels » n’achètent pas de stock –, c’était assurément la solution !

Olivier Magnan

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