Les dix jours les plus longs

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Le confinement le plus sûr passe par notre propre confinement : masques dûment employés, mains nettoyées et distance protectrice. Est-ce si difficile ?

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Curieux psychodrame national que ce deuxième confinement redouté, redoutable, accepté, acceptable, critiqué, critiquable, peu respecté parce que peu respectable…

Paradoxe : tout le monde le constate, tout le monde s’en offusque mais beaucoup en profitent, le confinement n’en est pas un, en tout cas en rien comparable au premier. On se rend chez « une personne vulnérable », en courses, chez un thérapeute, à son travail, chez ses parents en maison de soins, pour aller prendre une commande passée en ligne, pour acheter son journal, pour emmener ses enfants à l’école… Quel policier va pouvoir vérifier si vous vous rendez effectivement chez le kiné, auprès de quelqu’un qui en besoin, à votre travail ? Dans ma rue où deux uniformes ont arrêté il y a quelques jours chaque véhicule minute après minute, un simple coup d’œil sur la case cochée, qu’elle quelle soit, suffisait pour ouvrir la voie. À Paris, le trafic n’a que peu baissé, avec l’impossibilité du moindre contrôle.

Or l’étau se resserre : autour de soi, les cas covid se multiplient. Le gouvernement hésitant autour d’un Premier ministre de plus en plus brocardé multiplie les gaffes : un porte-parole persuadé qu’il peut évoquer un couvre-feu aussitôt rabroué, un ministre de la Santé qui perd ses nerfs et insulte les député·es qui n’ont pas prorogé « son » état d’urgence. Tout le malaise naît de ce « j’ose pas ». Et par crainte d’une rébellion du commerçant, et par peur de la réaction de confiné·es de plus en plus critiques face à ce qu’ils·elles nomment des « incohérences » (mais pourtant encore plus paranos, les critiques se barricadent au nom de leur peur).

Dix jours. Ils vont compter en France. Si à l’issue de ce délai grosso modo bricolé sur la période d’incubation les entrées en réa explosent, cet exécutif acculé va vouloir recourir à des méthodes plus strictes sans le moyen de les appliquer : on ne peut plus renvoyer nos entreprises en activité zéro. La méthode néo-zélandaise dont on fait des gorges chaudes, n’est guère plus applicable : lors de la première vague, la Première ministre de la grande île (facteur facilitateur) a bouclé les frontières, fermé les commerces non essentiels, instauré des tests à grande échelle et même… permis à la police d’inciter aux dénonciations sur un site dédié ! résultat : 28 contaminé·es à ce jour. Le style Jacinda Ardern a fait le reste : apparitions télévisées dédramatisées, empathie, promesses apaisantes… Nos empesé·es ministres et notre président élyséen n’ont pas eu cet effet et ne sauront l’instaurer.

Si la vague ne faiblit pas, l’épidémiologiste Mircea Sofonea interrogé par Le Parisien pense à la fermeture des écoles et des lycées, avec ce fameux couvre-feu évoqué en prime. Dès lors, les spécialistes tablent sur une levée du confinement en janvier, voire en février. Et si la trêve de Noël était décrétée – embrassons-nous, invitons-nous… – alors c’est à un reconfinement dur qu’il faudra s’attendre le 2 janvier.

Dans toute cette cacophonie que l’élection américaine ubuesque transforme en déplorable tintamarre antidémocratique, il nous faut tenter de retrouver une sérénité, nous protéger sans nous bunkériser, respecter des mesures, non pas barrières, mot malheureux, mais de protection, des autres et de soi-même. Convaincre son patron réticent d’un télétravail efficace et ne rencontrer ses collègues que dans des conditions strictes. Il n’y a aucune raison de se faire contaminer si le virus ne parvient pas à s’insinuer en nous. La réponse est peut-être là : le confinement commence par soi-même. Après, marcher dans la rue ou travailler sans détour par la machine à café condamnée n’est plus un danger. Nous traînons ce virus comme une fatalité. Traitons-le de la seule manière possible : en lui interdisant le passage une fois pour toutes.

Olivier Magnan

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