En guerre contre deux aveugles

Temps de lecture constaté 2’20

La pandémie et le terrorisme.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Premier confinement : le gouvernement Philippe avait semblé, malgré le mensonge d’État des masques inutiles, reprendre la main. Les Français·es, surpris·es et apeuré·es, avaient payé le prix, récolté au passage la médaille du peuple discipliné, les commerces, les bars, les restaurants avaient subi mais accepté la mesure, conscients que la sortie printanière du régime fermeture allait les remettre en selle et amortir leurs pertes. Le général en chef Macron, en mars, récoltait 59 % de confiance (sondage Elabe).

Deuxième confinement : le gouvernement Castex semble pris de court, essayer d’enrayer la flambée naissante par un couvre-feu qui lui met les bars-restaurants à dos, puis annoncer en mode dramatique une sorte de confinement à trous, donc forcément incohérent, dans lequel les quelque 330 000 entreprises du secteur du commerce de commerces de détail – sans parler des arts du spectacle – voient leur hallali. Le général en chef dégringole (67 % des Français·es approuvent la mesure, mais c’est éloquemment moins qu’en mars, 93 %). Le chef de l’État se prend 58 % de défiance dans les dents. Exactement l’inverse du printemps

Et cette fois, morituri ne te salutant plus du tout, ceux qui vont mourir – les commerçants – ne saluent plus la sagesse de César. La clairvoyance du territoire tant vanté par le Premier ministre se rebiffe, les maires, aussi sincères dans leur défense du petit commerce que soucieux des voix futures de ces électeurs influents, vont jusqu’à défier des préfet·es plus habitué·es à leur obéissance qu’à leurs arrêtés frondeurs.

Le confinement à trous devient un bouclier mité : on va au travail, on emmène les enfants à l’école, on va voir les siens en ehpad, on rend visite aux vulnérables, on se promène dans les jardins publics, on fait un détour par chez son libraire pour ramasser le livre commandé, on voyage en Europe, on se marie à six, on enterre à trente. Au lieu d’organiser une distribution sécurisée sur le pas des boutiques, les confineurs condamnent des gondoles dans les grandes surfaces « essentielles » et en oublient d’autres. Les géants de l’e-commerce rigolent : même la Poste, pour eux, reste ouverte…

Puis les assassins entrent en scène.

Cette fois, la population ne fait plus du tout confiance au gouvernement et à son chef pour la protéger : le baromètre Fiducial/Odoxa ne trouve que 26 Français·es sur 100 à penser que les pouvoirs publics font bien leur boulot…

Ce boulot, ils avaient cinq mois pour le préparer, comme l’avait promis Emmanuel Macron, « prêt pour une deuxième vague ». Il aurait fallu sûrement un déconfinement plus graduel, c’est facile à dire face à l’échec. Mais surtout beaucoup plus de lits de réa « armés » avec le personnel voulu, c’était beaucoup plus indiqué que de maintenir, coûte que coûte, qu’il disait, la pénurie hospitalière. À Noël, Macron saura sans doute s’il a perdu le deuxième quinquennat ou pas, à 15 milliards d’argent « gratuit » par mois pour maintenir les entreprises sous perfusion de Banque européenne. Au profit de quel·le belliciste qui nous promettra de partir en guerre contre… deux aveugles : la pandémie et le terrorisme ?

Olivier Magnan

Répondre

Saisissez votre commentaire
Saisissez votre nom ici

J’accepte les conditions et la politique de confidentialité

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.