Bernard-Henri Lévy, un fou pour rien

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Son opuscule censé renvoyer les confineurs à leurs contradictions nous plonge dans l’abattement du bateleur philosophe.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Au moins le dernier opuscule, au sens propre (tout petit livre), tout de noir couvert, de Bernard-Henri Lévy n’est-il pas un pavé par la taille, pas plus qu’il n’est un pavé capable de troubler une mare. Bernard-Henri Lévy, écrivain, philosophe, cinéaste, homme d’affaires et chroniqueur, nous livre plus un article allongé qu’un livre consommé : Ce virus qui rend fou (Grasset). Il appartient à ces publications opportunistes, comme les maladies, qui cherchent à ancrer dans la tornade du moment un moment de lucidité, de rappel à l’ordre. Au fond, Lévy fait son métier, celui du philosophe journaliste qui ne craint pas de jeter un peu de morale dans la folie de l’ère covid.

Pourquoi le lire, sinon, effectivement, pour s’accrocher à un instant de réflexion quand les chiffres défilent et que la seconde vague s’enfle en marée haute. Mais autant les livres de circonstance, comme celui du professeur Perronne, par exemple, s’attachent à des jugements fondés sur son savoir scientifique et ses surprises de praticien, autant la « bombe » de Bernard-Henri Lévy s’articule sur le savoir philosophique éclectique du personnage et son souci de rappeler à chaque page que lorsqu’un homme comme lui est en colère, il faut l’écouter et lui rendre acte de son intelligence.

Tout le monde est intelligent face au virus, mais certains plus que d’autres.

Bernard-Henri Lévy ne comprend pas pourquoi ce virus-ci, plus qu’un autre, a « confiné le globe » quand des pandémies plus meurtrières n’ont jamais abouti à de telles claustrations. Il comprend que le « pouvoir médical » derrière lequel se retranche volontiers l’autorité politique (surtout la France), n’est qu’« un champ de bataille » où « règne une foire d’empoigne », ce dont personne ne doute plus. Il fustige l’idée qu’il fallait sauver des vies de la maladie alors que « prescrire [aux] pays cette syncope » (le confinement), c’était en condamner d’autres à cause du marasme économique (mais alors, ne pas confiner ? pas de réponse…). Lévy convoque tous les philosophes, les religieux, les sociologues à la grande table de son festin intellectuel. Mais au fur et à mesure de la lecture de ce que l’on croyait constituer l’ultime réponse d’un clairvoyant, on sort des petits chapitres avec l’éternel questionnement du frustré : mais que veut-il dire ? Mais où veut-il en venir ? Mais que propose-t-il après s’en être pris aux « rentiers de la mort » pour lesquels le virus, à ses yeux, est le moyen d’« étrangler leurs peuples » et aux collapsologues qu’il soupçonne de souhaiter la fin du monde (alors qu’ils ne font que prédire la fin d’un certain monde) ?

Quand, au détour d’un duplex, sur une chaîne d’information, B-H L essaie de noyer tout autant le ministre de la Santé Véran sous son flot érudit d’indignation, le politique médecin, que l’on a envie, pour une fois, de plaindre sous l’avalanche des certitudes lévyennes, interpelle notre causeur. Il lui demande, « Fort bien, M. Lévy, et donc qu’auriez-vous fait face à la montée des cas de réanimation ? » On tend l’oreille, avide d’entendre enfin le dénonciateur des folies covid nous donner la clé de la guérison. Hélas, entre deux citations savantes, l’on n’aura nulle réponse. Ce virus rend peut-être fou, mais il donne l’occasion aux brasseurs de savoirs d’ajouter un peu de vent dans leurs tornades d’éloquence.

Olivier Magnan

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