Le roman de la prudence française

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Un médicament contre la covid, à base d’anticorps, existe. Il est français. Sans réel risque. Il faut simplement un tampon de la part d’un organisme officiel. Tétanisé par l’enjeu ?

Olivier Magnan, rédacteur en chef

J’y reviens. C’est un peu obsessionnel, j’en conviens. Mais comment ne pas évoquer une trumperie qui restera dans les annales ? « Pas tiré d’affaire », le président des États-Unis ? Sujet à risque de 74 ans et de 110 kg qui s’offre des virées courtes en hélicoptère Marine One sans le moindre brancard ni assistance, dont on dit qu’il a eu à deux reprises besoin d’oxygène et qui se pavane devant la Maison Blanche en ôtant ostensiblement son masque pour jouer les Trump-la-mort ? Honte aux médecins américains qui couvrent pareille forfanterie auprès de laquelle les mensonges nixoniens ne sont que des péchés véniels ! Honte au corps médical en général qui ne vient pas dénoncer le mensonge d’État sur les plateaux télé : pourquoi dès lors ne pas traiter des centaines de milliers d’Américain·es de la même façon ? Et si mon indignation relève de la mauvaise théorie du complot, eh bien que je sois catalogué complotiste, car une autre anomalie, française cette fois, me semble à deux doigts de la manip inexplicable.

J’y rereviens. C’est un peu obsessionnel, j’en reconviens : la biotech française Xenothera, qui a mis au point un anticorps polyclonal, le Xav-19, devance de plusieurs coudées les labos géants américains comme Regeneron Pharmaceuticals qui est censé avoir fourni au président un anticorps monoclonal. En parlant avec Odile Duvaux, présidente de la start-up qui produit, elle, des anticorps polyclonaux, j’ai essayé de comprendre un tant soit peu ce qui distingue un mono d’un poly. En gros, l’anticorps – protéine produite par l’organisme pour contrer les substances étrangères comme un virus, les antigènes – est monoclonal quand il ne reconnaît qu’un seul épitope, une seule entrée de l’antigène. Un anticorps polyclonal, comme son nom l’indique, est un mélange d’anticorps à même de reconnaître plusieurs épitopes d’un même antigène. Odile Duvaux use d’une image : un anticorps monoclonal est un pompier qui attaque le feu en pénétrant par une seule porte. Le pompier polyclonal, lui, entre par les fenêtres, la cheminée, tout ce qui lui offre une entrée (un épitope). Sans entrer dans le débat hautement scientifique, sachons que le « chemin mental » des immunologistes ne passe plus que par le monoclonal, mis au point dans les années 1980, la voie royale de la réponse précise. Mais la voie multiple retenue depuis des années par Xenothera, initialement spécialiste de l’antirejet de la greffe, a prouvé son efficience comme l’efficacité de sa production – hélas par l’intermédiaire d’animaux, en l’occurrence des porcs, qui ne souffrent pas mais qui, impropres à la consommation au terme des ponctions de leur sang, et faute de structures d’accueil, sont sacrifiés quand ils ne produisent plus d’anticorps.

Or la biotech Xenothera, petite structure française, a beau multiplier les recrutements et les investissements pour faire face aux futures commandes à venir inéluctables de son Xav-19, efficace sur la covid, elle est depuis le début de son aventure de start-up littéralement ralentie, voire bloquée (elle le fut deux mois d’affilée) par les procédures « prudentielles » de l’ANSM, l’Agence nationale de sécurité du médicament. L’on peut tester (prétendument) un anticorps sur un président aux États-Unis, mais pas sur une large cohorte de patient·es volontaires en France au sacrosaint nom des « effets secondaires », comme ce fut le cas pour l’hydroxychloroquine, médicament banal utilisé par des milliers de patient·es. Cette fois, de comités de suivi en moratoires, le médicament français risque encore de subir des retards, au point que la capitaine courageuse de Xenothera est sur le point de déployer ses protocoles d’essais en Amérique du Sud et dans d’autres pays européens qui accueillent la perspective avec bonheur. Xenothera vise, une fois l’autorisation si souvent retardée, une phase d’essai de 350 patient·es sur 30 hôpitaux, tous dans les starting-blocks.

Nul complot, sans doute, pour faire échouer la recherche française aux portes d’un traitement plus efficace qu’un aléatoire vaccin, peut-être pas même efficace puisque des infecté·es, théoriquement immunisé·es, semblent à même de se réinfecter ! Trouvons à cette inhibition procédurière qui consiste à se couvrir du moindre risque un autre nom que complot. Petite lâcheté nationale ?

Olivier Magnan

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