Que faire des lanceurs de “désalerte” ?

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Un cabinet d’anticipation affirme que les décideurs étatiques travaillent sur de mauvaises données !

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Et si les autorités de santé prenaient des décisions à partir de mauvais indicateurs ?

En publiant hier 5 octobre, dans nos Vite compris, cette forme d’alerte, nous avons, à notre tour, joué les lanceurs d’alerte. En voici à nouveau la teneur :

Un spécialiste des techniques quantitatives d’anticipation des comportements de consommation, C-Ways, anticipe une baisse de la circulation épidémique de la Covid-19 en France sur la base de son indicateur prédictif TrackCovid. Or, 15 jours après, les autorités publiques de santé disent tout le contraire et sonnent l’alarme. Pourquoi ? C-Ways persiste et signe : l’épidémie ralentit depuis deux semaines déjà, mais les indicateurs officiels ne l’ont pas encore détecté. Dès lors, les autorités émettent « une communication anxiogène qui ne colle plus à la réalité ». L’indicateur de C-Ways, TrackCovid, avait établi la baisse le 17 septembre. Les indicateurs lui emboîtent le pas, à part le nombre d’entrées en réanimation mais avec 21 jours de retard en moyenne sur la contamination et le nombre de cas. Or ce chiffre est « illisible » si l’on tient compte de l’explosion des dépistages. « Oui le virus circule, mais non il ne s’accélère pas », confirme Grégoire Mialet, président du cabinet d’anticipation. C-Ways use d’une image : « Si nous devions faire une analogie avec la météo (l’usage le plus commun de la prévision dans nos sociétés), ce que nous sommes en train de faire revient à annuler une sortie en plein air la semaine prochaine sous prétexte qu’il pleut aujourd’hui. Une décision déconnectée de la réalité. »

Autre citation du communiqué sans ambiguïté de C-Ways :
« Le gouvernement se fonde en ce moment pour ses décisions sur une note d’alerte du conseil scientifique datée du 22 septembre, qui prend en compte une modélisation à mi-septembre avec des projections sur des bases épidémiologiques. Or mi-septembre était le pic de la 2e vague et les modélisations épidémiologiques à court terme sont très contestées dans la communauté scientifique, car elles ne tiennent pas compte des phénomènes exogènes. Le rapport du Conseil scientifique présente ainsi des courbes de simulation en loi “exponentielle” [l’épidémie explose], alors que la réalité montre plutôt une forme en cloche [l’épidémie se calme]. »

Et enfin :
« Nous travaillons étroitement avec l’AP-HP qui utilise nos prévisions. L’accueil qu’ils ont fait à notre méthode a été très bon. Ils confirment notre prévision et mentionnent une baisse de leurs indicateurs avancés “depuis 10 jours”. Comme les durées d’hospitalisation sont longues, même lorsque le nombre de nouveaux cas diminue, le taux d’occupation en hôpital augmente. C’est contre-intuitif et c’est ce qui perturbe le grand public. Pourtant c’est un phénomène statistique de causalité. »
On aimerait entendre le grand muet, le directeur de l’AP-HP, Martin Hirsh. Ne serait-il pas politiquement incorrect de se montrer optimiste quand les dirigeants du pays « pessimisent » ?

Hier matin 5 octobre sur France Inter, le professeur Fontanet, membre du Comité scientifique si écouté du ministre de la Santé, a redit à quel point la situation se montrait alarmante. Or quand les journalistes recueillent les avis des chefs de service, bien sûr toujours prudents et peu enclins à jouer les Raoult, ils renvoient une tonalité relativement sereine : oui, le virus circule, non il n’y a pas péril en la demeure, nous gérons, mais le personnel soignant n’est pas prêt à revivre les semaines de folie de la première vague.

Alors ? Avons-nous affaire à des sommités peu aptes à interpréter les chiffres ?
À un exécutif « vacciné » contre les bonnes nouvelles et plutôt partisan de l’alerte rouge permanente ? Ou à un spécialiste de l’anticipation, ce fameux cabinet C-Ways, qui miserait son image et son expertise sur des données critiquables ?

A priori, il serait judicieux que l’on tienne compte aussi des lanceurs de « désalerte ». Car si C-Ways a raison, on pardonnera difficilement à des autorités timorées jusqu’alors louées pour leur prudence d’avoir enfoncé un peu plus la nation dans le marasme économique par excès de cette même prudence…

Olivier Magnan

 

Le graphe qui dessine la baisse.
Légende du cabinet
Chez C-Ways, nous croyons à la puissance des données pour détecter des signaux faibles. Les données sont retraitées pour neutraliser les effets de saisonnalité et les effets de biais.

 

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