Pression sociale, pression hospitalière

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Voit-on bien que l’on traitera une pandémie en donnant tous les moyens sanitaires de la traiter dans des lits à l’hôpital et non en essayant, à coups de confinements, de la maîtriser pour ne pas investir dans des lits ?

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Le temps du consensus, pour ne pas écrire obéissance, n’est-il pas en train de s’effriter ?

Pendant des mois, depuis mars, l’exécutif opérationnel, avec sa couverture scientifique, son président « en guerre » et son Premier ministre méthodique, Édouard Philippe, a mis au pas, en quarantaine, un peuple frileux apeuré – de la prudence à la peur, il y a un pas – qui a subi le confinement sous l’anesthésie de mesures économiques inouïes. Dans un contexte hospitalier contraint, depuis des années comptable de ses lits. Mais cette obéissance inconditionnelle est bel et bien en train de se fissurer.

Signal fort : les restaurateurs et les tenanciers de bar de Marseille menacent de ne pas « obéir » aux injonctions venues de Paris, relayées par les autorités locales. Immédiatement, le gouvernement lâche du lest en repoussant la mesure d’un week-end. Pas grand-chose, mais de quoi montrer aux mutins à porte-voix que la brèche pourrait s’élargir, surtout si les clients s’enhardissent à exiger leur pastis. Qu’ont-ils·elles à perdre, ces bars et restaurants ? Une fermeture administrative au lieu d’une fermeture volontaire ? Une amende impossible à payer quand on vous prive de CA ? Il se pourrait que l’on boive à la Santé d’Olivier Véran dès aujourd’hui.

Signal faible : le retour d’une émission politique comme À vous la parole de France 2. Où l’on voit – après un long intermède de ce type d’émission – le Premier ministre, Jean Castex, assis à la place de l’accusé devant un tribunal populaire, dans la salle ou sur écran, avec sa pléthore de ministres dans un parterre de coaccusés. Un Jean Castex pas toujours serein sous l’avalanche des doléances. Deux juges journalistes. Pas d’avocat. L’affaire est rondement menée. Jusqu’à l’interpellation, en plein tribunal, d’un Dupont-Moretti, ministre secoué de la Justice, sommé d’abaisser son masque pour répondre au maire de Cannes, David Lisnard, son accusateur public. Au final, le jugement tombe (sondage Ipsos) : Castex récolte 54 % de non convaincu·es, plus que Philippe. Ils·elles sont 45 % seulement à le trouver « à la hauteur ». C’est peu pour un général dans la tourmente.

Ainsi ce pays est-il en train de montrer les dents sous son masque. Ou de ré-endosser des gilets jaunes dans de rares carrefours. Or les Français·ses n’ont pas vraiment conscience, alors qu’on hypnotise le monde entier par l’arrivée accélérée d’un vaccin rédempteur, que si la pression d’une deuxième vague affole tout le monde, c’est surtout et avant tout parce que l’on n’a toujours pas, à marche forcée et à coups de millions si facilement débloqués désormais, augmenté les lits dans les hôpitaux.

C’est parce que les chef·fes de service voient arriver les urgences non covid et les réas virales dans leurs structures appauvries depuis des années, sans qu’ils·elles ne disposent de davantage de place, que ce gouvernement est prêt à reconfiner et/ou à fermer des commerces. Or les décès dus à la covid, toujours ceux de personnes âgées, sont en chute libre. Les contaminé·es toujours plus nombreux·ses drainé·es par les tests explosifs sont soign·és plus rapidement, plus efficacement. Encore faut-il qu’on les admette dans des hôpitaux toujours aussi contraints en places.

Au lieu de relâcher la pression par la décision immédiatement opérationnelle de multiplier les lits ou, parce que ça prend du temps, de conserver et améliorer des structures d’accueil légères façon hôpitaux de campagne à la russe – avec le recrutement pérenne de soignants longtemps limité –, on tente de limiter l’épidémie à coups de contraintes sociales aux conséquences économiques délétères. Bataille perdue d’avance. Entre une immunisation collective encore très lointaine et un vaccin encore aléatoire, on ne laisse pas le couvercle de cocotte-minute siffler comme une fin de partie. On ouvre le couvercle. Avant qu’il ne cède sous la pression.

Olivier Magnan

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