Le microbe dessine l’état des États

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La Suède n’aligne pas un bilan prodigieux, mais ses habitant.es se sont autodiscipliné.es par confiance, alors que les Français.es se sont plié.es par défaut.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Un fameux exemple que la Suède.

Voilà un pays scandinave qui n’a jamais confiné sa population. Où le taux d’infections est aujourd’hui stable, de l’ordre de 100 à 300 contaminé.es par jour – la France en dénombre 3 000 à 14 000 cas sur la même période pour une population sept fois plus nombreuse. Le Jérôme Salomon, directeur général de la Santé en France, dont on ne parle plus, qui ne parle plus, qui est absent des écrans, le Jérôme Salomon suédois, donc, l’épidémiologiste Anders Tegnell, de l’Agence de santé publique suédoise, l’homme dont l’avis scientifique fut déterminant dans la décision des autorités suédoises de ne pas confiner, s’est offert le luxe de reconnaître en juin que « l’approche plus souple adoptée par le royaume scandinave pour contenir la propagation du nouveau coronavirus pouvait être améliorée ». Et modeste, en plus…

Certes, la Suède sans confinement n’est pas très à l’aise avec ses 5 800 décès, la plupart au pic de la crise du printemps, et pour l’immense majorité des personnes âgées. Un chiffre qui, rapporté au nombre d’habitants du pays – 10,23 millions en 2019 – ne désigne pas le royaume parmi les moins touchés, loin de là. Mais tout comme ailleurs en Europe, et en France, les médecins suédois commencent à comprendre comment mieux soigner. Reste le fait majeur : on n’a obligé personne en Suède à se cloîtrer ni à fermer boutique. Pas même à porter un masque. Seuls les rassemblements de plus de 50 personnes ont été interdits. Les écoles n’ont pas été fermées pour les moins de 16 ans. Bars et restaurants jamais bouclés d’autorité. Le gouvernement a recommandé (gestes barrières, télétravail). Et pour le bilan global, pour le moral des troupes, pour la fierté d’un pays, c’est quand même nettement plus positif.

Certes, l’économie suédoise, comme partout ailleurs, s’est ralentie, mais sous l’effet de l’autoconfinement. Conscients, altruistes ou simplement nosophobes (peur de la maladie), comme l’on veut, les Suédois.es ont déserté les avions, les autoroutes et les bars-restaurants. Et le pays n’échappe pas à l’injection de dix milliards d’euros (105 milliards de couronnes), 8 milliards d’euros supplémentaires pour 2022 en plus des quelque 14 milliards débloqués au printemps pour soutenir entreprises et personnes en difficulté.

Mais la grande leçon de l’affaire, c’est la confiance du public en ses autorités et ses agences de santé. Dit autrement, « comme c’est dans l’intérêt de chacun de se protéger et de protéger ceux qu’ils aiment du virus, il me semble qu’informer et faire confiance aux gens dans leur capacité d’être responsables de leur propre sécurité est une bonne stratégie pour survivre à une pandémie », opine, dans Le Parisien, la sociologue Charlotta Stern, professeure à l’université de Stockholm. Une autodiscipline qui aura eu les mêmes effets positifs dans les démocraties asiatiques du Japon, de la Corée du Sud, de Taïwan ou de Singapour.

Pourquoi pas en France ? C’est toute la question de la mentalité, de la posture, de l’histoire d’un peuple. En creux, nous pourrons un jour dessiner le monde en « négatif », comme du temps de la photo sur pellicule : la France qui se discipline sous l’effet du décret et de la sanction, en râlant et en trichant, que la peur et une certaine méfiance des rebelles motivent. Mais pas la confiance.

Et au fond, c’est dommage. Peut-être l’idéal d’un gouvernement est-il de l’inspirer, cette confiance…

Olivier Magnan

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