À défaut de penser, les robots nous censurent…

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Geoffrey Wetzel
journaliste à la rédaction

Au temps du numérique, notre liberté d’expression se retrouve menacée.

Je ne crois plus à la liberté d’expression. Je n’y crois plus puisque la France, pays des droits de l’Homme, a abandonné aux réseaux sociaux l’arbitrage de ce que l’on peut dire ou ne pas dire. Voilà quelques jours déjà que Laure Daussy et Corinne Rey (alias Coco), toutes deux journalistes à Charlie Hebdo, ont vu leurs comptes Instagram soudainement supprimés. Juste après avoir (re)publié la Une du journal satirique où l’on revoyait les caricatures de Mahomet.

Non, je n’aime pas particulièrement les caricatures du prophète Mahomet. Oui, je me battrai pour qu’elles continuent à exister. Autant que je me battrai pour que toutes les caricatures qui visent d’autres religions prospèrent.

Aujourd’hui, grâce à leur statut d’entreprises privées, les réseaux sociaux, omnipotents, jouent les justiciers. Après la désactivation des comptes en question, Instagram présente ses excuses. Une « erreur », ni plus ni moins. Peu importe, le mal est fait. Sur les réseaux sociaux, suffit d’être un peu organisé.es pour faire taire.

La faute au tandem algocratie-ochlocratie. Voilà comment définit Laurent Gayard, docteur en études politiques, l’alliance entre le pouvoir des algorithmes et le pouvoir de la foule. Car oui, les deux suppressions de comptes résultent de signalements d’internautes. Puis, les robots obéissent mécaniquement. À défaut de penser, les robots nous censurent. Main dans la main avec une dictature de la minorité.

Voilà qui révèle un problème sous-jacent : le manque de modérateur.rices. Quand vous travaillez pour Facebook – ou autres –, vous n’avez que quelques secondes pour juger et décider de conserver ou supprimer un contenu. Quelques secondes, ça laisse peu de temps à l’interprétation. Sans compter que ces modérateur.rices ne maîtrisent pas toujours la langue dans laquelle les contenus demeurent publiés. Alors, les robots prennent le relais. Incapables – pour l’instant – de décoder les émotions d’un texte, l’ironie et le second degré.

Soit les réseaux sociaux nous censurent, soit ils nous condamnent à notre passé. Gare à celles et ceux qui écriraient sur un coup de tête. La spontanéité s’avère bien trop dangereuse aujourd’hui. La bêtise et l’inconscience de la jeunesse aussi. Ce n’est pas Rayan Nezzar qui dira le contraire, porte-parole LREM quatre jours seulement, en raison d’une mise au grand jour de posts stupides et injurieux envers des personnalités politiques de premier rang, lorsqu’il était étudiant. Or, verba volant, scripta manent. Indéfendable, oui. Pardonnable, sans doute.

Je ne veux pas d’un monde téléphoné, d’un monde consensuel, d’un monde lisse et plat, d’un monde faux-semblant, d’un monde où l’angoisse des conséquences prime sur le désir de s’exprimer, de débattre, de critiquer, de caricaturer ou de rire. De l’ère Desproges à la société Gad Elmaleh. Bien entendu, cette liberté de s’exprimer ne doit laisser place – en aucun cas – à des dérives nauséabondes, punies par la loi.

Je ne suis pas au-dessus du lot. Utilisateur inconditionnel de Facebook, Twitter et Linkedin. Syndrome de Stockholm me direz-vous. Déconnexion.

Geoffrey Wetzel

 

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