Un 14 juillet sans prise de Bastille

On attendait un défi, nous eûmes un dépit.

Triste 14 juillet, confiné.
Décevante interview du Président, peu inspiré.
Nouveau chemin ? Peu tracé.

Comment ne pas se dire déçu quand le teasing présidentiel avait laissé entrevoir, « en juillet », un discours de chef ? Ce fut une interview très peu aiguillonnée, entre TF1 et F2, dans le style « alors, patron, ça va pas fort tout ça, et vous, comment allez-vous ? » qui a déçu les attentes/rêves d’un pays en vacances, résigné, dont la seule énergie semble l’acceptation d’une vie masquée, défiante à l’encontre des mauvais.es citoyen.nes qui vont visage découvert.

Car quoi, à part la certitude que, le 1er août, le sens civique sera l’obligation des cache-bouches-nez dans « les lieux clos » et pas même dans la rue où est censé flotter un aérosol viral sans la moindre preuve de sa réalité…

Comme l’énumérait un commentateur, et la décentralisation quasi promise ? et l’environnement ? et la sécurité ? Sur la décentralisation, rien. Sur l’environnement, la mention des 146 propositions dont une seule fera l’objet d’un référendum sur la Constitution dont tout le monde se moque. Sur la sécurité et les exactions policières, la promesse de caméras partout, ce que Léa Salamé, l’intervieweuse de France 2, a pris pour de la surveillance de rue quand Emmanuel Macron ne parlait que de webcams sur l’épaule des forces de l’ordre… Passionnant.

Il est des temps où les catastrophes exigent d’un président, fût-il à 600 jours de la fin de son mandat, des orientations magistrales, des ruptures saisissantes, des aggiornamentos politiques qui remuent les foules et les entrepreneur.es. L’homme devait se « réinventer », nous réinventer. Au lieu de quoi, on attend, encore, cette fois le discours du nouveau Premier ministre dont la voix chantante véhiculera des réformes ajournées et des mesures d’organisation antireconfinement.

Mais toi, l’éditorialiste ronchon, qu’attendais-tu de ce jeune président à la manœuvre que l’on dit fatigué, morigéné par sa femme inquiète de tant de veilles ? Un axe. Un coup de poing. Un programme. Un grand défi s’impose pourtant, qui aurait de quoi offrir une perspective, un combat, un business, une excellence : engager la France dans un new deal à la Roosevelt, mais un new green deal, le green business, cette alliance historique du futur vivable et de la croissance industrielle, de la technologie et du profit, de l’emploi et du bien-être, de l’entreprise et du redéploiement. Un président qui lancerait un défi à la start-up nation des premiers temps du quinquennat : tout orienter vers la dépollution, les déchets, la réforme des villes, la mobilité propre, la transition énergétique, les énergies renouvelables, l’isolation des habitats, le relais du plastique, l’agriculture bio et la nutrition sans abattoirs. Toutes ces « utopies » qui auraient pu naître de l’avertissement du coronavirus dont la leçon unique nous serine : changez tout.

Changez-nous de chemin. Un pays pourrait le faire. L’Europe pourrait le faire. Ne serait-ce que pour revivre aux côtés des maîtres sino-américains du monde dont le seul rêve à la Elon Musk ou à la Jack Ma est d’aller polluer d’autres planètes puisque cette bonne vieille terre ne suscite plus que des pandémies débilitantes.

La France regorge d’entreprises et d’idées, de savoir-faire et d’ingénieur.es. On peut marier environnement et richesses. Mais il faut une impulsion, une audace, un président qui dise « On va foncer et je cherche les milliards pour le faire, avec, cette fois, un vrai retour sur investissement ». Le 14 juillet aurait mérité cette prise de Bastille-là.

Olivier Magnan

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