« Nous continuerons le jour d’après »

Il faut décrypter les propos discrets d’Emmanuel Macron.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Troisième ou quatrième intervention du chef de l’État, on ne compte plus, dans un autre cadre extérieur, en l’occurrence l’usine Kolmi-Hopen, près d’Angers. Heure de gloire et de tension pour cette usine parfaitement inconnue, pourtant plus gros fabricant de masques (et autres produits à usage unique) en France. Il est vrai que l’objet n’a rien de glamour et que porter un masque siglé Kolmi-Hopen ne doit pas valoir l’affichage d’une marque fashion. Il n’empêche que nous fûmes ravis d’entrevoir ce superbe fleuron flambant neuf que le président a visité en charlotte et blouse, tout petit aux côtés d’un directeur imposant, Gérard Heuliez. Cette entreprise de 102 salariés (44 millions d’euros de CA en 2019) vient de recruter 35 salarié/es en production et logistique pour servir des machines en régime continu, jour et nuit, qui crachent 1 million de masques par jour.

Moment délicat pour un président qui hérita de ses prédécesseurs une politique du 0 stockage au motif qu’il était moins coûteux de commander à la Chine en cas d’épidémie plutôt que de stocker des milliards de masques, régulièrement périmés. Le raisonnement se tenait, et Emmanuel Macron l’a bien repris à son compte. Le « hic », c’est que cette doctrine à logique purement comptable s’admet si la commande part en temps utile (la France, comme bon nombre d’autres pays, a nié le danger trop longtemps), et auprès d’un pays – la Chine – lui-même non touché. Or les deux conditions pour un approvisionnement rapide en masques ne furent pas remplies. Si bien que le discours d’Angers (précisément de Saint-Barthélémy-d’Anjou) fut encore un exercice de haute voltige pour le président taxé d’imprévoyance.

D’autant plus que la même pénurie touche les gels, les seringues, les réactifs, les blouses, les charlottes, les surchaussures, les réanimateurs… C’est un pays « à poil » qu’a touché le virus, et c’est un président fragilisé qui devait contre-attaquer. Ce qu’il fit en décrétant que le made in France serait désormais la doctrine majeure, qu’il fallait « retrouver la force morale de produire en France » et, petite phrase glissée en forme de déclaration de guerre contre la mondialisation, « nous continuerons le jour d’après ». Les commentateurs ont peu relevé ce programme de VIe République : Emmanuel Macron sera après la crise sanitaire un président en changement de doctrine qui incitera nos industriels à se relocaliser et à produire en France, autant que faire se peut. Une « petite phrase » que les capitaines d’industrie ont intérêt à prendre pour un mot d’ordre. Même si, détail qui tue, Kolmi-Hopen appartient… au canadien Medicom. Caramba, encore raté !

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