Rapport Tirole-Blanchard : les propositions des économistes pour l’après-crise

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La commission sur les grands défis économiques a rendu son rapport à Emmanuel Macron, dans lequel elle esquisse les grands défis de l’après-covid.

Un an de travaux aura été nécessaire à la commission présidée par Jean Tirole et Olivier Blanchard pour boucler son rapport sur les grands défis de la France à long terme. Climat, inégalités, vieillissement de la population et après crise sanitaire sont au cœur des recommandations de la vingtaine d’expert·es.

En une semaine, Emmanuel Macron aura connu bien des émotions. Quelques jours après un premier tour des élections régionales amer pour La République en Marche, le Président de la République s’est vu remettre ce mercredi 23 juin un rapport sur « les grands défis économiques » de la France, qu’il avait commandé en 2020. Avant de recevoir Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne venue annoncer formellement le feu vert de l’UE pour le financement d’une partie du plan de relance français. Le rapport, un document de plus de 500 pages, a été rédigé sous la houlette de Jean Tirole, prix Nobel d’économie 2014 et professeur à l’école d’économie de Toulouse, et d’Olivier Blanchard, ancien chef économiste du Fonds monétaire international (FMI) et professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT). Le texte, écrit par une équipe d’une vingtaine d’expert·es étranger·ères et Français, s’intéresse aux défis de long terme autour de trois thèmes principaux : le changement climatique, la réduction des inégalités et l’adaptation au vieillissement de la population. Selon Jean Tirole, il s’agit là d’« enjeux quasi existentiels », non réglés en raison de la « procrastination des politiques et du report dans le temps des coûts et des mesures qui font mal ». À moins d’un an de l’élection présidentielle, le rapport fait office de « boîte à outils », pour les futur·es candidat·es des élections présidentielles et (surtout) Emmanuel Macron.

Jean Tirole et…

Réflexions académiques
« Il ne s’agit pas d’une seule réforme mais d’un ensemble cohérent de mesures », résume Jean Tirole, qui décrit des solutions systémiques quasi « holistiques ». Le rapport est empreint de cette pensée universitaire, académique, qui décrit des problèmes et propose des solutions générales pour susciter le débat public. Difficile donc de dire ce que l’exécutif conservera concrètement parmi les pistes présentées par le texte. Le rapport se veut large et prospectif, les expert·es ne livrent que peu de propositions innovantes et aucun chiffrage précis, et se prêtent au « en même temps ». Par exemple, le rapport remet la retraite par points sur la table, tout en suggérant de mieux indemniser les plus fragiles en donnant aux faibles revenus des points gratuits « pour leur permettre de percevoir une pension décente ».

Taxe carbone élargie et égalité des chances
Au sujet de la transition écologique, le rapport plaide pour une taxe carbone élargie au logement et aux transports. La totalité ou une part des recettes de la taxe serait alloué aux ménages les plus modestes, au nom de la lutte contre les inégalités qui préoccupe les expert·es. La tarification du carbone est « indispensable à la transition car elle encourage l’adoption de comportements plus écologiques et stimule la R&D verte de façon transparente et efficace », écrit le rapport, et il faut « se préoccuper des perdants potentiels, par exemple des ménages modestes vivants en zone périurbaine et rurale ».

… Olivier Blanchard, sur France Inter

Les économistes insistent : il faut renforcer l’égalité des chances, terme cher au candidat Macron de 2017, et lutter contre la faible mobilité sociale en France. Le tout pour favoriser l’accès à des emplois de qualité et ne pas favoriser l’essor de l’emploi instable et peu valorisé. Le texte propose notamment d’ajouter aux conditions d’attribution des aides à l’investissement un critère basé sur les engagements de l’entreprise en matière de création d’emplois de bonne qualité. Dans cette perspective, Olivier Blanchard insiste sur la nécessité d’investir pour développer davantage la formation professionnelle et l’apprentissage, et créer une meilleure synergie entre travail de Pôle emploi et besoins des entreprises en main-d’œuvre.

Comme une envie de réformes
Le rapport soutient également la taxation minimale des multinationales en discussion à l’OCDE, au nom d’une « imposition plus juste », mais ne se prononce pas sur la taxation des plus aisé·es en France. Toutefois, la commission d’expert·es est en faveur de la taxation des successions et donations, plébiscitée par les économistes pour la lutte contre les inégalités de naissance. Un « dossier chaud » et peu populaire, souvent décrié au nom du ras-le-bol fiscal. La proposition du rapport : « Un système fondé sur les bénéficiaires : une taxe à taux croissants sur tous les montants cumulés reçus par une personne (donations, héritages…) au cours de sa vie. Et ce, avec un abattement élevé, afin de permettre à la classe moyenne de transmettre un patrimoine à ses enfants en franchise d’impôts ».

Même son de cloche à propos du très actuel sujet des retraites et du vieillissement : il faut réformer le système actuel, jugé « complexe et incompréhensible ». Le rapport plaide pour un régime unifié et, là encore, plus juste, avec un retour au système par points qui repousserait de 62 à 64 ans les départs à taux plein. L’originalité : la commission suggère d’indexer les pensions sur les salaires, plutôt que sur les prix, et d’élargir la fenêtre de départ à taux plein pour autoriser celles et ceux qui le souhaitent à travailler plus longtemps. De quoi animer les débats dans les prochains mois.

ABA

 

 

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