La covid passe et les fossés de l’inégalité se creusent

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L’Observatoire des inégalités a publié ce mercredi 2 juin son huitième rapport bisannuel sur les inégalités en France. Constat : malgré des pertes de revenus limitées par les aides de l’État, les inégalités se révèlent et se creusent toujours plus. Et la maladie de la covid, la pénibilité du travail, le chômage, le niveau et l’espérance de vie et autres inégalités mises en lumière par la crise sanitaire touchent de façon très inégale des catégories de la population. Bien plus que l’on ne veut bien le laisser entendre.

Adam Belghiti Alaoui, Journaliste à la rédaction

« La crise sanitaire et économique frappe d’abord les précaires, les fragiles, et creuse les inégalités de revenus, de patrimoine, de conditions de vie, mais les statistiques n’en mesurent pas encore l’ampleur », estime Louis Maurin, fondateur de l’Observatoire des inégalités. Voilà bien un enjeu sociétal, humain et économique dont les politiques et autres grands décideurs ne se saisissent que trop peu. Certes, le pire a sans doute été évité et nous n’avons pas assisté à une explosion des inégalités en France, mais le constat reste le même : les plus précaires le sont toujours plus et servent de pare-chocs au plus aisés.

Il ne s’agit pas de constater pour constater, mais bien de jeter un pavé dans la mare. Les chiffres manquent encore pour établir un bilan social définitif de la crise que nous traversons, mais les faits sont là, le contexte covid ne fait que révéler ou exacerber des inégalités déjà trop présentes dans notre société. Il n’a rien créé.

C’est certain, la pauvreté a progressé en 2020. On a dénombré 150 000 allocataires supplémentaires du revenu de solidarité active (RSA). Les images de files d’attentes interminables devant les distributions alimentaires, elles, ne sont pas quantifiables ni n’apparaissent dans les chiffres, mais elles sont tout un symbole.

Les mécanismes d’aide volent au secours de celles et ceux qui sont déjà protégé·es, à commencer par les entreprises, et laissent de côté certains publics. En 2020, Pôle emploi a enregistré une hausse de 8 % de ses inscrit·es avec 270 000 demandeur·ses d’emploi de plus. Mais ces chiffres ne disent pas tout : beaucoup ne s’inscrivent pas ou plus, sont découragé·es, souvent parce qu’ils n’ont pas cotisé assez. Leur nombre est estimé à 1,6 million.

En première ligne : les jeunes. Particulièrement les tout·es jeunes diplômé·es et celles et ceux dont les contrats courts se sont interrompus subitement. Chez les jeunes de 15 à 24 ans, le taux de précarité atteint 52,7 %. On parle souvent de « génération de la pandémie » pour parler de l’après. Sans politiques publiques engagées à court et moyen terme pour l’emploi des jeunes, on vire à la catastrophe. Les mesure type un jeune un emploi ou la future garantie jeunes universelle sont un début. Mais le temps presse déjà.

Autre catégorie professionnelle très impactée mais trop souvent oubliée : les indépendant·es. Très fragilisé·es pour la plupart, ils représentent une catégorie très hétérogène. Parmi les 22 % de ménages qui déclarent avoir subi une perte de revenus de près de 300 euros par mois et par personne, 32 % sont des indépendant·es. Problème, beaucoup d’entre eux et elles n’ont pas accès au fonds de solidarité et ne peuvent compter que sur la récente instauration d’une échéancier personnalisable pour la régularisation de leurs cotisations sociales. C’est insuffisant.

Et encore maintes et maintes sources d’inégalités : les classes populaires sont plus exposées à la covid, les plus modestes présentent un risque 1,5 fois plus élevé que les plus aisés de souffrir d’obésité ou d’une autre pathologie aggravante pour la covid. Sans oublier les inégalités liées aux handicaps. Côté épargne, les plus fortunés ont en moyenne mis de côté au minimum ce que touche un·e smicard·e en sept mois de travail.

Il faudra attendre 2022 pour connaître le réel impact de la crise sur les inégalités, dixit l’Observatoire des inégalités, qui se dit inquiet pour la suite des événements. « Le pire pourrait être à venir ». Inquiétons-nous. Et agissons.

 

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