Budget et prévisions, le tour de vis sanitaire change la donne

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Les prévisions de croissance et de dépenses publiques, fonctions de la situation sanitaire et des restrictions, se montrent à nouveau plus pessimistes.

Qui dit nouvelles restrictions sanitaires dit nouvelle donne budgétaire. Si Bercy maintenait jusqu’alors un optimisme de façade vis-à-vis de la croissance et du déficit en 2021, toutes les cartes sont rebattues. Et les prévisions de croissance repartent à la baisse, pendant que celles du déficit public repartent à la hausse. À tel point que 2021 pourrait, comme 2020, constituer une nouvelle année record.

Le fantôme du choc et de la débâcle économiques de l’année 2020 resurgit. À peine le dernier volet de restrictions sanitaires nationales annoncé (déplacements interrégionaux interdits et limitation à 10 kilomètres autour du domicile), le gouvernement revoit sa copie et révise ses prévisions. Déjà, la question se pose : se dirige-t-on vers une nouvelle année record ? En 2020, le déficit enregistré par les comptes publics avait atteint le pire niveau depuis 1949, avec 9,2 % du PIB. Le millésime 2021 s’annonce déjà dans ces eaux-là. Et pour cause, le tour de vis sanitaire obscurcit l’horizon, alors que Bercy doit envoyer en fin de semaine la nouvelle trajectoire budgétaire anticipée pour les prochaines années. « Nous évaluons le déficit public pour 2021 à 9 %, au lieu des 8,5 % qui avaient été inscrits dans le projet de loi de finances initial et nous estimons que la dette publique passera de 115 % à 118 % en 2021 », a déclaré Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie et des Finances lors de l’émission télévisée Grand Jury LCI-RTL-Le Figaro. Il y a quelques jours, le patron de Bercy annonçait déjà dans Le Journal du dimanche une révision en baisse d’un point de la prévision de croissance en 2021, à 5 % au lieu de 6 %. Des dégradations qui ne surprennent pas et semblent même inévitables. Pour autant, Bruno Le Maire se veut rassurant sur le maintien des aides publiques, dont le montant atteint 11 milliards d’euros en avril. Une politique de soutien qui se poursuivra « tant que la crise sanitaire durera », dixit le ministre.

Le coût des restrictions
Encore une fois, la fermeture des établissements scolaires jusqu’au secondaire et des commerces dits « non essentiels » produiront d’importantes conséquences pour les deniers publics. Selin Ozyurt, économiste chez Euler Hermes, estime qu’en avril l’activité devrait être inférieure de l’ordre de 10 % par rapport à son niveau d’avant crise. Sur le mois de mars, l’activité était de 5,5 % en dessous de son niveau de la fin 2019. Selon l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), le coût des nouvelles mesures amputerait la croissance de 0,6 point de PIB sur l’année. De fait, le maintien du « quoi qu’il en coûte » et même son renforcement par le prolongement de certaines aides et le lancement de nouveaux dispositifs, pèse lourd dans la balance. Ce sont quelque 150 000 commerces qui ferment leur porte, au lieu des 90 000 anticipés mi-mars. De quoi alourdir la facture mensuelle du fonds de solidarité de 5 milliards d’euros. En parallèle, Bercy a également provisionné 4 milliards d’euros pour l’activité partielle, à laquelle beaucoup de parents de jeunes enfants devraient avoir recours. Les exonérations de charges, elles, devraient coûter 1 milliard d’euros supplémentaire en avril, de même que la couverture des coûts fixes et l’indemnisation des stocks non écoulés. Conséquence : l’endettement devrait poursuivre sa marche en avant cette année, pour atteindre 118 % du PIB. Pour contrebalancer cette chute, Bercy comptera d’autant plus sur l’efficacité de la campagne de vaccination et sur l’utilisation de la colossale épargne accumulée depuis le début de la crise.

Alerte budget chez Pôle emploi
Parmi les victimes de la crise, les comptes de l’Assurance-chômage et les budgets des organisations publiques chargées de l’administrer en prennent pour leur grade. L’équation est simple : la conjoncture économique provoque tout à la fois la hausse des dépenses d’indemnisation chômage et la baisse des recettes de l’Assurance-chômage. Et la balance menace déjà de s’effondrer. L’Unédic (Union nationale interprofessionnelle pour l’emploi dans l’industrie et le commerce), qui gère l’Assurance-chômage en coopération avec Pôle emploi, présente un déficit abyssal provoqué par la crise sanitaire et économique. Quelques dominos plus loin, le budget de fonctionnement de Pôle emploi est directement, et sévèrement impacté. Jean Bassères, le directeur général de l’établissement public évoque ainsi une « impasse budgétaire de plusieurs centaines de millions d’euros, conséquence mécanique de la crise ». Une analyse illustrée par les chiffres : en 2022, la contribution de l’Assurance-chômage – qui finance les trois quarts du budget de fonctionnement de Pôle emploi – sera amputée de quelque 510 millions d’euros par rapport à cette année, où 4,075 milliards d’euros ont été versés. Une chute de la contribution qui tient à son mode de calcul : le montant versé est calculé en pourcentage de recettes de cotisation de l’Unédic de l’année N-2. La contribution de 2022 est donc basée sur les recettes de 2020, année qui a vu un double mouvement de baisse des cotisations chômage et une contraction de la masse salariale (-5,7 % selon l’Agence centrale des organismes de sécurité sociale). En tout et pour tout, la baisse de la contribution de l’Unédic au budget de Pôle emploi est ramenée à 300 millions d’euros, du jamais vu. Pour ne rien arranger, en application de la convention tripartie 2019-2022 signée avec l’Unédic et Pôle emploi, l’État a déjà baissé sa subvention de 86 millions d’euros en 2020, et doit recommencer la même manœuvre en 2021. Au total, la dégradation de la conjoncture aboutit à un trou de 400 millions dans le budget 2022 de Pôle emploi. Un trou qu’il faudra combler pour boucler un budget de plus en plus en danger.

ABA

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