Crise sanitaire et économie française, année 1

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Après un an de crise, l’impact sur l’économie est considérable à tous les étages.

Depuis le premier confinement, il y a tout juste un an, l’économie française et ses indicateurs collectionnent les tristes records. L’onde de choc provoquée par la pandémie s’est répandue partout. Emploi, épargne, production industrielle, moral des salarié·es et des dirigeant·es , exportations… L’ampleur est inédite. Et le retour à la normale n’est pas pour tout de suite.

Le 16 mars 2020, le Président de la République Emmanuel Macron s’exprimait devant les Français·es pour annoncer l’instauration du premier confinement généralisé sur le territoire métropolitain. Il affirma ce jour-là sans détour « nous sommes en guerre », non sans prévenir que « cette crise sanitaire sans précédent aura des conséquences humaines, sociales et économiques majeures ». Douze mois, deux confinements, des couvre-feu et 90 000 décès en France liés à la covid plus tard, l’impact de la pandémie sur l’économie se fait encore sentir. Sur toute cette période, les statistiques et les notes de conjoncture rendent compte de cette période hors normes. À commencer par l’évolution de la croissance économique, incarnée par le taux de variation du PIB français. Avant la crise sanitaire, la croissance était très faible (+ 0,2 % au troisième trimestre 2019). Avec le confinement, la France est entrée en récession, à cause notamment de l’arrêt de plusieurs secteurs (aviation, tourisme, automobile, culture, restauration). Finalement, le PIB aura reculé de 5,9 % lors du premier trimestre 2020, soit la plus fort baisse enregistrée depuis 1949, avant de plonger à -13,5 % au deuxième trimestre. Une dégringolade historique et violente qui pèse très lourd dans la balance d’une année 2020 noire pour l’économie française et internationale.

Explosion de la dette et du déficit publics
Pour sauver le navire France et ses acteur·rices économiques du naufrage, Emmanuel Macron et son gouvernement auront adopté la formule du « quoi qu’il en coûte », en lançant des mesures de soutien particulièrement coûteuses pour les finances publiques (chômage partiel, fonds de solidarité, reports de charges patronales…). En somme, les administrations publiques ont considérablement augmenté leurs dépenses, sans qu’elles ne soient compensées par une hausse de leurs recettes. De quoi faire bondir la dette publique à hauteur de 116 % du PIB en septembre 2020, loin, très loin de la règle de l’Union européenne qui veut que, théoriquement, la dette publique ne dépasse pas 60 % du PIB national. Dans le contexte de la crise sanitaire, cette règle a été suspendue. Sur l’ensemble de l’année écoulée, les dépenses publiques ont engagé 44,1 milliards d’euros de dépenses supplémentaires. Conséquence : le déficit de l’État s’est creusé de 85 milliards d’euros, passant de près de 93 milliards en 2019 à 178,2 milliards d’euros fin 2020. C’est 30 milliards d’euros de plus que le déficit enregistré en 2009 lors de la crise financière.

Chômage et consommation
Paradoxalement, l’impact de la crise sur le chômage a de quoi étonner. Au deuxième trimestre 2020, celui-ci est même en baisse, à 7 % de la population active selon l’Insee. Des résultats « en trompe-l’œil » à replacer dans leur contexte : d’une part, le chômage partiel a permis d’éviter, à court terme, des licenciements massifs. D’autre part, les deux critères principaux qui définissent un·e chômeur·se selon l’Insee – avoir plus de 15 ans et sans emploi, et être disponible pour travailler dans les deux semaines en ayant activement recherché un emploi au cours du dernier mois – ont été très affectés par la pandémie. Par exemple, beaucoup de personnes ne recherchent pas activement un emploi parce que leur secteur d’activité est très ralenti par la crise sanitaire. Les chiffres sont donc à prendre avec des pincettes et varient beaucoup : 9 % de chômage au troisième trimestre, 8 % au quatrième. En revanche, les plus jeunes ont payé le plus lourd tribut : le taux de chômage des 15-24 ans a atteint 17,7 % au quatrième trimestre.
Là où l’impact de la crise a été le plus spectaculaire, c’est sur l’évolution de la consommation des ménages, indicateur et facteur central de la croissance et de la bonne santé de l’économie. Avant la crise, les dépenses des ménages se stabilisaient autour de 47,5 milliards d’euros par mois. En mars 2020, la chute a été vertigineuse : -17,9 % par rapport à février, et seulement 32 milliards d’euros de dépenses en avril, soit la plus forte baisse enregistrée depuis 1980. Si le déconfinement a ensuite permis une légère reprise, la consommation a à nouveau rechuté en octobre, avec la fermeture des bars et lieux culturels, puis le second confinement. Depuis le second déconfinement, la consommation repart petit à petit, et 2021 doit être l’année du rebond.

Pas de retour à la normale avant mi-2022
Bonne nouvelle, la Banque de France a légèrement revu à la hausse ses prévisions de croissance pour 2021, à 5,5 %. C’est légèrement mieux que les 5 % prévus jusqu’ici, à condition que l’on échappe à une nouveau confinement. Pour rappel, un mois de confinement généralisé, comme celui de novembre 2020, coûte environ 1 point de PIB annuel. Si les expert·es de la Banque de France se montrent plus optimistes, c’est parce qu’ils tablent sur un rebond de la consommation des Français·es qui « apparaît d’autant plus probable que leur revenu a été globalement préservé pendant la crise, grâce à la fois aux amortisseurs publics et à une résistance notable du marché du travail ». Le taux de chômage est également revu à la baisse : il devrait être de 9,3 % à la fin de l’année, contre 10,5 % anticipé il y a trois mois. Le surplus d’épargne accumulé, qui atteint 110 milliards d’euros en 2020, devrait lui se poursuivre cette année mais être divisé par deux. De telle sorte que, selon les économistes, « le surplus d’épargne commencerait à se dégonfler qu’à partir de 2022. Finalement, au gré de la reprise du commerce extérieur, ce n’est qu’à la fin du deuxième trimestre 2022 que l’activité économique française retrouverait son niveau d’avant crise, celui du dernier trimestre 2019.

ABA

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